Les jeunes et la montagne

Publié le par Guillaume

En arpentant les chemins, refuges et montagnes des Alpes cet été, je l'avais déjà constaté. Or voilà que je tombe sur l'annonce d'un colloque sur le sujet : les jeunes désertent la montagne !

Après avoir fuit les études de physique, ils fuient la montagne ! Parce que je m'étais fait la remarque, pas beaucoup de « d'jeuns » sur les sentiers. Beaucoup de randonneurs d'un « certain âge », une poignée d'alpinistes d'un « certain âge ». Mais pas de « vingtenaires ». La montagne est désertée : le camping de la Bérarde, depuis quelques années, voit sa fréquentation chuter ; fin juillet, au cœur de la haute saison estivale, il était plein au tiers de sa capacité. Les refuges que nous avons fréquenté étaient également loin d'être bien plein, ce que nous avons apprécié pour notre comfort, mais est-ce bien raisonnable pour l'économie locale ?

Nous avons même parcouru une étape de la Haute Route Chamonix-Zermatt (sans le faire exprès !), la plus belle, paraît-il, entre Arolla et Zermatt : le refuge Bertol était plein au tiers, et seule une autre cordée est descendue de l'autre côté vers Zermatt (les Bidochons ! Si, si, on les a croisé sur le glacier Stockji, le père, la mère, les deux enfants, encordés, mais sans crampons et en baskets...). Certes, nous étions déphasés par rapport aux voyagistes et compagnies de guides qui font la Haute Route sur une semaine, mais quand même, début août, dans le Valais, je m'attendais à trouver beaucoup plus de monde. Des refuges bondés. Mais non, nous étions peinard : la montagne nous appartenait !

Même constat que pour la désaffection des études scientifiques : la montagne, c'est dur, il faut marcher, transpirer, bref, elle se mérite. Dans une société de consommation où tout est à portée de main — de clic ! —, ben la montagne, gratuite, ou presque, d'un point de vue pécunier, demande un effort physique et moral. L'accession au sommet, au point de vue, n'est pas anodin en terme de sueur écoulée. La voie d'alpinisme demande un effort tant physique que psychologique. Alors peut-être que la jeunesse dorée de ce pays (je ne sais si le phénomène se retrouve ailleurs ?), préfère des activités plus « sexy » à la rentabilité plus immédiate. Comme descendre à fond de train des pistes en VTT, après être, bien entendu, monté en télé-machin. Car les descentes de VTT dans les stations de ski ont un succès fou. Les descentes, hein, parce que pousser sur les pédales pour grimper les côtes, non, c'est bien trop fatiguant !

Donc on est réduit à construire encore plus de téléphériques pour notre jeunesse qui dédaigne la montagne à l'état pur, qui dédaigne l'infrastructure, certes parfois spartiate, des refuges, qui elle, existe déjà ! Défigurer encore plus la montagne parce que les jeunes n'ont plus la force et l'envie de faire quelques pas pour la fréquenter sous son aspect originel. Si c'est pas triste ça...

Pourtant, il est quand même un sport de montagne qui semble avoir le vent en poupe, c'est l'escalade. Enfin, l'escalade des jeunes c'est surtout en salle, et parfois sur du vrai rocher, et de temps à autre en montagne. Escalade sportive, voies toutes équipées de spits. Car finalement, celui qui faisait un peu exception à la règle dans ce morne tableau, c'est le refuge du Soreiller. Certes il n'était pas plein, lui non plus, mais nous y avons croisé une population peut-être un peu plus jeune qu'ailleurs. Des grimpeurs qui avaient quand même fait l'effort de s'enquiller les 1200 mètres de dénivelés avec cordes et quincaillerie sur le dos pour arriver là. Et puis mon club, le GUMS, retrouve une nouvelle jeunesse grâce à l'escalade, que nombre de jeunes — filles ! — se mettent à pratiquer activement. Et c'est tant mieux !

Je me demande si à l'instar des Master 2 Recherche en astrophysique, l'ENSA voit le nombre de prétendants au métier de guide diminuer... ?

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Cassandre 15/11/2007 03:56

Peut être que cela vaut-il mieux de les voir déserter la montagne plutôt que de les voir faire des bêtises plus grosses qu'eux et s'en mordre ensuite les doigts ?C'est sûr qu'il serait plus agréable qu'il y en ai plus, ils ne savent pas ce qu'ils ratent.. mais tout est affaire de cycles, ça reviendra.

Guillaume 15/11/2007 09:00

Justement la montagne est une bonne ecole pour apprendre a ne pas faire de betises :-)Et ils ne savent pas ce qu'ils ratent... Quant a savoir si c'est cyclique... Hum, j'aimerais le croire... Peut-etre...

Pelic 25/08/2007 09:55

Flûte, j'avais justement zappé le camping de la Bérarde par crainte du monde... Par contre, celui d'Ailefroide : bondé et plein de jeunes. Où sont les hollandais d'antan avec caravane et labrador ?

Guillaume 25/08/2007 11:00

Et bien autour de la Bérarde nous étions plutôt peinards... Quant aux hollandais d'antan... peut-être cultivent-ils des tulipes dans leurs jardins, maintenant !

merens 23/08/2007 12:03

surement ! devenir guide, c'est très dur et fatiguant, et il faut beaucoup de volonté, alors je ne doute pas que l'ENSA voie ses effectifs baisser.. à moins que des étrangers prennent le relais ? Dans notre métier du conseil (dur et fatiguant aussi parfois..), on voit de plus en plus de jeunes des pays de l'est ou d'asie se faire recruter : ils sont désormais aussi diplomés ou plus que les français et bien plus motivés. Eux , au moins, ils savent ce qu'ils veulent, et la volonté de réussir, ils l'ont dans le sang  !!!

Guillaume 25/08/2007 11:03

Il y a bien cinq sud-americains qui viennent d'obtenir leur diplome de guide, mais je ne crois pas que ce sont a cause d'un manque de francais, plutot grace a certains accords de cooperation !