Caucase - « Purée de pois »

Publié le par Guillaume

Les épisodes précédents :
« Approche motorisée »
« Premières traces »
« La vallée des Merveilles »
« Neige et Brouillard »
« Premier sommet »
« Escapade géorgienne »
« La malédiction du tout en camion »


Samedi 14 avril 2007

Ce matin p'tit déj' à 7h. Semoule dans un fond d'assiette et pâtes trop cuites avec un bout de viande qui m'a donné des relents nauséabonds tout au long de la montée. Il ne fait pas très beau, mais nous partons quand même pour le col Gumachi. Le camp Elbrus étant assez bas, 1950 mètres, nous faisons un bout de route en minibus avant de pouvoir chausser les skis. Deux rotations sont nécessaires pour translater tout le groupe. Je suis de la première. Nous débarquons vers 2250 mètres au niveau d'un de ces innombrables camps d'alpinistes, qui ressemble plus à un village fantôme, sensation exacerbée par la grisaille ambiante, temps superbement bouché. Nous chaussons les skis. S'ensuit un cheminement en fond de vallée, près du torrent, au milieu de gros cailloux. Très peu de neige. À peine de quoi nous éviter de toucher.

Du plat, vaguement ascendant, sur quatre kilomètres. La deuxième fournée nous rejoint au bout d'une heure environ. Il neige. Grand replat à traverser ; on dirait un lac. Mais non. Au bout, une paire de cahutes. Nous pénétrons dans la première après en avoir déneigé l'accés. Restauration rapide dans cette antre à la déco originale, à l'abri des éléments extérieurs.

Et puis nous repartons dans le mauvais temps. La neige se fait soudainement plus profonde. Je relaie rapidement Viktor à la trace. Un bon moyen de se réchauffer ! Puis Didier se joint à nous et nous creusons notre tranchée à tour de rôle. La neige est profonde — très profonde ! — et le paysage tout blanc. Tellement blanc que je vois absolument pas où nous allons. Viktor est notre boussole, quand il me crie « left », je pars à gauche ; quand il me crie « right », je pars à droite. Moi, je ne sais pas où je suis. Je vais droit devant.

De gigantesques moraines apparaissent par intermittence, d'un côté et de l'autre, comme pour nous montrer la direction à suivre. Bientôt de petits séracs semblent se découper dans le brouillard : c'est qu'on doit être sur le glacier, désormais. Visibilité nulle. Viktor prend son tour à la trace. Devant une zone crevassé, il hésite. C'est que nous ne sommes même pas encordés ! Mais à quoi bon poursuivre dans ces conditions ?

Nous réussissons à stopper Viktor vers 3100 mètres. La trace est une tranchée qui m'arrive aux genoux. Il y a pas loin de quatre-vingt centimètres de neige fraîche. La descente est épique : droit dans la pente, si tant est que l'on arrive à repérer cette direction, ça descend à peine, tellement la quantité de neige à déplacer pour ce faire est importante ! Bref, c'est pas du grand ski !

Sous les cabanes, il a beaucoup moins neigé. Dans le fond du torrent ça fait « piste de bobsleigh », mais sur les cailloux. J'en ai un peu ras-le-bol de toucher sans arrêt avec mes beaux skis tout neufs machin-chose ! Alors ça m'énerve. C'est merdique.

Viktor et Andreï avaient appelé le chauffeur du minibus, qui nous attendait sagement à notre retour. Et voilà.

Pour la peine nous sommes de retour assez tôt au camp. Petite collation faite de biscuits. Là, pas de cheminée comme à Ullutau, pas de pièce commune conviviale, chacun s'occupe dans sa piaule.

Dans l'après-midi, il a cessé de neiger, les nuages se sont déchirés, le Soleil est apparu. Je suis sorti jeter un œil sur les alentours, sur la belle rivière Adylsu, toute rouge ferreuse ! J'en ai profité pour la photographier sous toutes les coutures, dans ce beau Soleil de fin d'après-midi. Et puis l'un dans l'autre, je me suis éloigné, j'ai traversé et j'ai remonté le versant opposé. Des petites bestioles, sortes de marmottes en miniatures couraient dans la prairie d'un terrier à l'autre. J'ai crapahuté dans l'herbe pendant une petite heure. Du haut de mon perchoir, je voyais l'Elbruz, qui sortait de derrière la montagne en premier plan. À mes pieds, au fond de la vallée, le camp, à l'ombre. 18h10. Je suis redescendu ne sachant si le dîner était à 19h ou 20h. Dans le doute... Je suis descendu droit dans la pente, j'ai ravalé les 550 mètres de dénivelés montés en une heure en une demi-heure. En arrivant au camp je tombe sur François qui m'annonce que le dîner était en fait à 18h ! 18h !!

Je me pointe donc dans la salle à manger à 18h40, avec à peine un léger retard. La purée est froide, mais j'ai si faim que je l'ingurgite telle qu'elle ! La soupe est vaguement tiède mais délicieuse. Les copains m'en ont laissé deux assiettes, wouahou !

Après manger, je repars dehors profiter du coucher de Soleil sur les montagnes alentours.

Et tandis que j'écris ces lignes, le soir, sur mon lit, je vois une grosse tique qui court sur mon cahier ! Diante ! Aurais-je ramené ce spécimen de ma balade dans les herbes folles ? Sûrement ! Inspection générale au cas où d'autres bestioles hématophages auraient eu la bonne idée de venir me pomper le sang...

À suivre...


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