Caucase - « Transfert »

Publié le par Guillaume

Les épisodes précédents :
« Approche motorisée »
« Premières traces »
« La vallée des Merveilles »
« Neige et Brouillard »
« Premier sommet »
« Escapade géorgienne »
« La malédiction du tout en camion »
« Purée de pois »
« Quand y'en a plus, y'en a encore »


Lundi 16 avril 2007

Aujourd'hui, pas de ski au programme, mais des heures de minibus, de camion... Nous changeons de vallée. Nous quittons la vallée du Baksan et ses affluents, l'Adyrsu et l'Adylsu, pour aller plus à l'est, dans la vallée de Bezinghi.

Nous partons à 9h00, sous la neige. Le temps est pourri, ce qui laisse moins de regret de glisser les planches dans les deux minibus qui nous emmènent vers la ville la plus proche, Nal'chik, plutôt que sous nos pieds. Nous descendons la vallée du Baksan par la route. Il neige. À 600 mètres d'altitude, il neige encore. Au bout de deux heures et demi d'une première étape passée relativement vite, nous avons beaucoup discuté, raccourcissant d'autant l'égrenage du temps, nous arrivons à « la ville ».

Nal'chik. La ville. Nous nous arrêtons à la base d'alpinisme « Bezinghi » au cœur de la ville ; un truc qui ne paye pas de mine, en face d'un camp militaire. Militaire ominiprésents dans ce pays, décidement. Et nous n'avons pas fini d'en voir ! Il bruine. Nous poireautons sur le trottoir, attendant je ne sais quoi. Le chef de l'agence « NewRoute » qui gère notre voyage depuis le début, Alexey, nous rejoint. Nous réembarquons dans les minibus pour aller un peu plus loin dans un petit restau pour manger un morceau. Et accessoirement changer de moyen de locomotion : ce qui se traduit par un amoncellement de sacs de couleurs diverses et variées, là, sur le trottoir...

Après ce succulent repas dont je serais bien en peine de vous nommer les différents constituants, nous transférons notre barda, ainsi que nos humbles personnes elles-mêmes dans un autre minibus, unique, cette fois-ci, car plus grand. Et visiblement plus à même d'affronter le chemin chaotique qui nous attend.

Petit arrêt dans un patelin. Alexey emmène notre GO par le paletot. Ils reviennent un moment plus tard. Georges nous annonce qu'il y aura un deuxième changement de véhicule : la dernière partie du périple va se faire en camion. Aïe ! Nos coccyx craignent déjà le pire.

Je suis bercé par le ronronnement du moteur et les trépidations de la machine. Nous nous enfonçons toujours plus en avant dans cette vallée qui devient de plus en plus encaissée. Et toujours cet oloéduc qui serpente joyeusement en suivant la route. Tuyau d'une vingtaine de centimètres de diamètre, qui se trouve suspendu en l'air, à un ou deux mètres du sol, tout en faisant parfois d'accrobatiques coudes pour franchir un fossé ou contourner un caillou. Le moteur du bus chauffe tellement qu'il nous faut ouvrir les fenêtres de l'habitacle pour ne pas étouffer. On l'entendant qui souffle sous le capot, crachant des volutes d'énergie pour grignoter les mètres de dénivelés...

Nous arrivons à Bezinghi. Un patelin en pleine montagne. Si la route pour arriver là ressemble plus à un chemin boueux où nous craignions de voir notre locomotive s'enliser à chaque tour de roue, en revanche les maisons que nous voyons sont d'un aspect beaucoup moins misérable dans celles croisées dans la vallée du Baksan. Les vaches circulent au milieu de la route.

Au-delà du village, barrière. Camp militaire. Frontière. Entre je ne sais quoi et je ne sais quoi. Le minibus nous abandonne là. Il faut montrer patte blanche (et accessoirement graisser la patte ?) — en l'occurrence nos passeports — pour passer outre. Nos guides russes se collent aux négociations, Alexey « le chef » en tête. Nous nous préparions déjà à poireauter trois plombes comme lors de l'accès à la vallée de l'Adyrsu. Il n'en fut rien. Le temps d'avaler quelques goulées d'air vivifiant de ces hauteurs et nous repartons. Nous repartons dans un transport de troupe militaire flambant neuf, 4x4, pour affronter les chaos du chemin qui mène dans les profondeurs de la vallée. Autant celui de l'Ullutau était une antiquité de l'ex-armée soviétique, autant celui appartient à l'armée russe, piloté par un vrai soldat, et en pleine possession de ses capacités. Et surtout de son embrayage !

En revanche, le niveau de comfort à l'arrière, sous la bâche, reste identique à lui-même. Peut-être que cette fois-ci nous sommes un peu épargnés par les gaz d'échappement... Nous arriverons à destination moins verdâtre que l'autre fois. Toujours est-il que la quinzaine de bornes à ce régime a raison des arrière-trains les plus endurcis !

Le tas de bagages, originellement à l'avant, se translate petit à petit, au gré des chaos, vers l'arrière. Il finit par me happer au passage, et je me retrouve comfortablement installé au milieu de l'amoncellement moelleux. Le camion a beau être 4x4 machin-chose, il ne passera pas le dernier tournant avec sa charge à l'arrière : il patine sur la route enneigée. Nous sautons de notre refuge avec bonheur et poursuivons tranquillement à pieds, pour alléger tant le camion que nos membres endoloris.

Nous pénétrons ainsi dans le camp Bezinghi, petit village de maisons colorés de bleu, vert, jaune, rouge... qui contrastent sur la blancheur enneigée du paysage. Nous prenons possession de notre dortoir. Chambre de deux, toujours. Nous nous installons, il n'est pas très tard.

Le temps d'écrire quelques pages, et c'est l'heure de la soupe. Le réfectoir se trouve à quelques trois cents mètres de là, il faut enfiler les grosses chaussures et la doudoune pour aller manger. Et affronter la fraîcheur de la salle de restauration. Il y avait bien une flambée dans la vaste cheminée, mais celle-ci peinait à réchauffer un tant soi peu la relativement petite pièce. La grosse polaire doublée de la Gore-tex n'étaient pas de trop. Un autre groupe est là, des français. Des français sont là depuis trois jours, dégoûtés parce que le temps reste à la grisaille et à la neige : les beaux paysages qu'on leur avait promis ne sont restés que des chimères pour eux.

Après l'assiette de soupe en entrée, le corps se réchauffant de l'intérieur, ça allait déjà mieux, et l'avenir s'envisageait avec plus d'optimisme. Même s'il faisait toujours un temps pourri dehors.

Ce qui vaut le détour, ce sont les chiottes ! Dans nos chambres, des toilettes, mais pas d'eau courante : ça gèle ! On est à 2150 mètres d'altitude ! Je m'en suis aperçu à mes dépends, après m'être soulagé la vessie. Bon, ben, heu, ça partira au dégel, hein... Les chiottes, c'était donc une petite cahute, un peu à l'écart du village, quelques centaines de mètres à parcourir dans la neige pour l'atteindre. J'ai poussé la porte côté village, elle m'est restée dans les mains. Pas de papier toilette. J'ai oublié d'en prendre. Je vais voir de l'autre côté. Côté montagne. Pas de porte. Mais du papier. Un trou dans le plancher, et voilà...

Nous espérons tous que le temps se lève pour le lendemain...


À suivre...


D'autres images.

Publié dans caucase

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