Caucase - « Des cailloux, des cailloux... »

Publié le par Guillaume

Les épisodes précédents :
« Approche motorisée »
« Premières traces »
« La vallée des Merveilles »
« Neige et Brouillard »
« Premier sommet »
« Escapade géorgienne »
« La malédiction du tout en camion »
« Purée de pois »
« Quand y'en a plus, y'en a encore »
« Transfert »
« Droit dans la pente »


Mercredi 18 avril 2007

Ce matin, réveil à 6h00 pour aller petit-déjeuner à 6h30. Au menu, des cornichons, des gousses d'ail à croquer, du pain, du fromage (très bon), une platrée de pâtes (trop cuites, comme d'hab !) avec de la viande hâchée et du chocolat au lait pour arroser le tout. J'avais faim, alors c'est passé tout seul. Même les gousses d'ail. Mais le chocolat au lait, ça, c'était pas une bonne idée. Il m'est resté sur les boyaux toute la journée. Je le savais, mais y'avait que ça à boire pour faire descendre les pâtes...

Nous partons à 7h30, les skis sur le sac. Le plafond est haut, mais l'ambiance est grisâtre, le Soleil ne perse pas. Nous commençons par descendre cinquante mètres de moraine pour prendre pied sur le fond de la vallée de Bezinghi. Peu après, nous prenons pied sur le glacier du même nom, très tourmenté, telle une tempête océanique comme figée par quelque puissance infernale, le tout recouvert de caillasses. Alexey et Viktor montrent le chemin, devant, louvoyant là où se trouve un minimum de neige. On se balade dans une petite combe de glace avant de sortir sur le dos de la carapace, vaste plaine parsemée de cailloux. Peu de neige, les pierres ne sont pas loin. Les kilomètres s'enchaînent, l'altimètre est loin de s'affoler. Notre trajectoire s'infléchit sur la droite, pour rejoindre le pied d'un col sans nom, objectif du jour.

La traversée est chaotique, au beau milieu des cailloux. On finit par déchausser pour franchir la moraine latéral. Au-delà, un peu plus de neige. Nous arrivons au pied d'un large et joli couloir rectiligne à l'aplomb du col. Nous sommes à 2800 mètres d'altitude. Trois heures trente pour monter de sept cents mètres ! Le plafond, quant à lui, à perdud e l'atitude. La vue est bouchée, et le mythique panorama sur la muraille de Bezenghi restera du domaine du fantasme...

J'attaque à tracer le couloir, mais une fine couche de neige fraîche glisse sur un fond plus compacte : je m'arrête pour mettre les couteaux. José en profite pour passer devant. Je le rattrape un peu plus loin : avec les couteaux ça va tout seul, et termine la trace jusqu'au sommet du couloir. Et tandis que je débouchais sur une sorte de plateau penché, une bestiole, grosse et agile comme un bouquetin, mais au pelage plus clair fit interruption dans mon champ de vision, à gauche, pour parcourir le cadre et disparaître quelques minutes plus tard sur la droite. Cette « chèvre des montagne », nous dira Claude plus tard, est passée sans s'inquiéter à une quinzaine de mètres de nous, Viktor, José et moi, d'un pas nonchalent.



Le reste de la troupe nous a rejoint comme si de rien n'était. Pause stratégique en haut de superbe couloir de 400 mètres. La vue est toujours bouchée. Les superbes paysages se cachent derrière un épais rideau de grisaille. Je ne suis pas hyper en forme, j'ai le ventre qui gargouille avec son indigérable chocolat au lait. Si la majorité vote pour faire demi-tour, je ne m'y opposerai pas. La majorité vote pour continuer, « maintenant qu'on est monté là ! » Sauf Dominique et Alexey qui préfèrent s'arrêter là.

Pour poursuivre, il y a des flots de cailloux à traverser... à pieds ! Et puis ce fichu col qui paraissait si près n'en finit pas de se faire désirer. Je mets un coup d'accélérateur pour rejoindre José qui avait un peu d'avance, mais sur la fin, je capitule. Le col semble s'éloigner au fur et à mesure que j'avance. J'ai faim, j'ai chaud, j'ai froid, bref, j'en ai plein les bottes. On termine à pieds, ce col est complètement pelé. Je m'arrête dans un coin, pour manger un morceau. Ça caille.

Et puis c'est la descente. Neige un peu croûtée mais néanmoins agréable à skier. Retraversée du champs de cailloux pour rallier le haut du couloir de monter. Là, brève apparition de l'astre du jour, comme pour nous signaler qu'il existait toujours, qui laisse espérer une déchirure du rideau sur le panorama alentour. Il n'en fut rien. La muraille de Bezenghi gardera ses secrets. Nous prenons néanmoins le temps de casser la croûte. Le voile brumeux se rabat sur nous.

Nous poursuivons la descente. Devant nous, 400 mètres de couloir avec une neige légérement revenue sur le dessus, très dure en-dessous. Que du bonheur ! Je me lâche et j'enchaine l'intégralité du couloir. Un véritable régal.

La suite l'est moins. Traverser la moraine latérale à pieds au milieu des cailloux, puis pousser sur les bâtons pour rejoindre le centre du glacier où nous attendent Dominique et Alexey. De là, la situation s'améliore quelque peu : ça descend en pente douce, ce n'est pas du grand ski, mais il suffit de se laisser glisser dans le sens de la gravité. Il y a suffisamment de neige, les deux skis dans les rails, et ça roule. La couche superficielle de neige est froide et glisse super bien — heureusement ! Je n'ose imaginer pareil situation sur une neige humide et collante...


Et hop ! Une touche de couleur !

Chaque chose ayant une fin, la longue glissade arrive à son terme. Il faut remettre les skis sur le sac. Une petite heure de marche pour rejoindre le camp, après avoir franchi l'imposante moraine latérale qui nous en sépare. Retour au bercail vers 16h40, un peu éreinté, j'avoue. Nous avons fait nos 1700 mètres de dénivelés. Ouf !


À suivre...


D'autres images.

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