Grimpe à la « Sainte »

Publié le par Guillaume

Quand j'ai su que les étudiants de Paris 7 allaient avoir une semaine de vacances à la Toussaint, j'ai posé ma semaine, moi aussi ! Quand j'ai su que les grimpeurs du GUMS allaient grimper quelque part, j'en serais moi aussi. Ce « quelque part », forcément dans le sud, ce fut à la Sainte Victoire. François nous organisa ça aux petits oignons.

Samedi

C'est ainsi que samedi 27 octobre, je récupére Anne-F, Thomas et Romain en gare de Massy-Palaiseau. Nous empilons les sacs dans ma petite voiture, et direction le sud. Au passage, Thomas rejoint la voiture de Georges. Pas loin de huit heures de route, qui passeront très vite, au gré des conversations avec mes deux acolytes... Au fur et à mesure que les degrés de latitude décroissent, la grisaille s'entr'ouvre et se déchire pour finalement laisser le champ libre au Soleil dans un ciel d'azur. Provençal.

Après avoir fait quelques courses, nous rejoignons le reste de la troupe au gîte de Puyloubier, au sud de l'extrémité est de la Montagne Sainte Victoire.

J'ai beau avoir passé deux années à Aix-en-Provence pour mes études, il y a de ça quelques temps déjà, je ne connaissais pas pour autant cette dimension de la « Sainte Victoire » que je m'apprêtais à découvrir. À l'époque j'avais d'autres préoccupations que de grimper sur les montagnes... Même si je faisais alors pas mal de VTT... Je me souviens quand même d'une tentative d'ascension de la « Sainte », en VTT ; tentative avortée devant l'impénétrable garrigue, et le sentier particulièrement rocailleux. De fait je n'étais jamais monté dessus. J'allais réparé tout ça...

Dimanche

Réveil vers 6h30. Une heure de plus à dormir. Tu parles... Aujourd'hui, je vais grimper avec Anne-F. Tâter le terrain de jeu qui nous attend dans le Baou(1) des Vespres. Petite voie facile, en terrain d'aventure ; tandis que François et Sam se payent la directe, nous serpenterons entre les arbres perchés ci et là dans la falaise. Notre voie ? « Le Jardin Suspendu ». L'approche serpente dans une garrigue toute jeune, la forêt originelle ayant été rasée il y a une vingtaine d'années par un gigantesque incendie. Nous passons par l'unique refuge que possède le GUMS : le refuge Baudino, pour continuer vers le pied de la falaise. Je transpire à grosses gouttes engoncé comme je le suis sous les multiples couches dont j'ai cru bon devoir me vêtir : c'est que ça caillait tellement à Paris, que j'étais parti, dans mon esprit, pour quelque ascension hivernale, avec moufles, gore-tex et cagoule. Je tombe donc la veste et le collant pour revenir à quelque chose de plus approprié au climat ambiant.

Je rejoins François et Sam qui partent du même endroit que nous. En fait, ça démarrait plus à droite. Mais ça passe quand même. Sauf que le rocher est très branlant. À peine effleurerais-je ce que je pensais pouvoir faire office de prise, que sans prévenir un énorme gadin se détache et fonce vers le bas. Je hurle « pierre », peur panique qu'Anne-F qui m'assure au pied de la voie se prenne ça sur la tête. L'avalanche passa à côté. Je contournais délicatement le point délicat. Au-dessus de moi, François œuvrait dans un 6b+ qui s'avéra non équipé... Lui aussi fit du ménage intempestif et mitrailla quelque peu le pied de la paroi ; Anne-F ne savait plus où se mettre pour éviter le pilonnage. Elle grimpa. Tandis que nos prédécesseurs attrapaient quelques sueurs froides, nous nous contentâmes de contourner la chose. Fissure en banane. Deuxième relais sur le tronc d'un arbre. Troisième relais sur pitons rouillés. Nous ne verrons presque que ça de toute la semaine, de vieux pitons rouillés ! Traversée en 4c pour venir se réfugier sur le tronc d'un autre de ces arbres défiant la gravité. Et pour terminer deux longueurs sur un très joli pilier, en 4c, pour déboucher au sommet sur un vaste plateau légèrement incliné vers le nord.

Nous redescendons par le sentier escarpé — et interdit ! — du Grand Couloir. Là, tandis que François et Sam s'en vont vers d'autres parois, nous nous posons pour casser la croûte. Nous allons terminer la journée sur les dalles de la « DallaPizza ». Coucher de Soleil. Arrivée à la voiture à la nuit.

Lundi

J'ai l'honneur de m'encorder avec deux ravissantes demoiselles, Anne-F, qui ne craint pas de rempiler avec moi, et Fanny, pour aller au Pilier de l'Ermitage. Deux autres cordées, Georges et Tibo, Romain et Sophie, nous y précéderont. Georges et Tibo, nous ne les verront plus. En revanche, Nous terminerons la voie avec Romain et Sophie. Première longueur en 6a. Quand j'ai vu Georges mettre une pédale sur un clou, je me suis dit que j'allais avoir un problème. Et de fait. Du coup j'ai posé des pédales partout : sur les clous, sur les friends que je plaçais à un mètre les uns des autres... Comme quoi, tout est dans la tête ! Les filles me rejoignent comme si de rien était au relais. Théoriquement c'était la longueur la plus dure. Ouf ! Suivante : une courte traversée en 4c, sans problème. Ensuite, après une longueur tranquille en 5b, une fissure en 5c. Et cette foutue dégaine qui ne voulait pas rentrer dans ce foutu clou, alors que j'étais au taquet... Je suis allé au clou suivant, pour la peine. Après quoi, pour récupérer, un peu de marche sur l'arête, « 2b, dixit le topo ». Nous poireautons au milieu d'odorantes touffes de thym et de romarin : le relais suivant est squatté par nos amis qui nous précédent. La cordée de Georges est déjà sur le chemin de la descente. Georges qui s'inquiète pour moi de voir le Soleil décliner. Et Romain qui hésite à se lancer dans ce pas en 5c... Et nous patientons. Finalement il se lance, et passe. Sophie le rejoint bientôt. Je m'élance à mon tour dans la longueur précédente. Mais je n'étais plus dans le coup. « 5b+ ». Je tire au clou. J'arrive péniblement au relais. Une vulgaire souche. Bon. Je double d'un friend. Exiguïté. Fanny arrive, se vache. Puis Anne-F. Je ne me sens pas du tout d'attaquer la longueur suivante, avec une petite traversée exposée. Je demande à Romain de me balancer un brin de corde pour faire ça en second. Et plutôt que de suivre la ligne de pitons, si peu naturelle, je grimpe tout droit et m'en sors mieux que je ne l'avais imaginé. Au-delà de ce ressaut, nouveau replat, un peu de marche. Puis nouveau mur, en 4a, cette fois ; reposant. Nouveau replat. Nouveau ressaut. 3a. La dernière longueur est de toute beauté : relais au sommet d'un gendarme. Puis descente de l'autre côté en plein gaz, traversée d'une arête de calcaire surplombante et remontée de l'autre côté. Je pose mon ultime relais entre chien et loup. Les filles termineront quasiment à la nuit. Romain, en nous attendant, est allé repérer le départ du chemin de descente. Avec deux frontales pour cinq nous parvenons en bas sans problème. Encore une grande et belle journée !

Mardi

Aujourd'hui je vais grimper avec mon frangin Jean-Charles qui habite à Aix. Nous allons faire l'« Arête de Genty », une petite grande voie très jolie et pas très dure, bien équipée. Une cordée de filles, Sophie et Fanny, vient avec nous. Jean-Charles n'a plus grimpé depuis deux ans, et c'est sa première « grande voie ». Ça m'a fait super plaisir de voir un peu mon frangin avec qui j'ai si peu l'occasion de sortir. Le fond de l'air est beaucoup plus frais, le mistral souffle. Nous grimpons en gore-tex !

Je me plains souvent, ici, entre autre, des nuisances sonores qu'induisent les divertissements de certains au détriment des autres. Hélicos, avions de tourisme, et j'en passe. D'ailleurs, dimanche, un hélico, privilège de riche, droit unilatéral de polluer l'espace sonore et l'espace tout court des autres, n'a eu de cesse de survoler et resurvoler le coin où nous grimpions tranquillement. La villa, en contre-bas, vaste verrue poser dans la garrigue faisait office d'héli-port... Bon dieu, mais faites du parapente, plutôt !

Aujourd'hui, tandis que j'assurais Jean-Charles, un rugissement à tordre les tympans a brusquement surgi dans mon dos. Un Mirage a fait irruption au dessus de la Sainte Victoire, telle une fusée jouant à saute-mouton avec la crête de calcaire. Et puis un deuxième lui collait au train. Le bruit fut assourdissant, suffisant pour lâcher une bonne prise et se payer un bon vol, mais ne dura qu'un instant. Le temps de retrouver ses esprits et les machines étaient loin, rebondissant de colline en colline... Hélicos, p'tits joueurs !

Retour au pied de la voie par le col de Genty, descente en ramasse dans les éboulis. Nous cherchons ensuite un petit coin relativement à l'abri du vent pour casser la croûte. Et nous allons terminer la journée, encore une fois, sur les dalles de « DallaPizza ». Je m'offre un « 5b », tandis que Sophie tente un « 5c » que finalement nous passerons l'un et l'autre en moulinette.

Avant de venir à la « Sainte » j'avais parcouru le topo, et noté plusieurs voies qui m'avaient parues sympathiques. Mais après avoir tâté le terrain sur place, j'ai dû revoir mes ambitions à la baisse. Si théoriquement je passe du 5c en tête, là ben non. Le « 5c » est particulièrement dur. D'autant plus que les voies sont dans l'ensemble peu équipées, et que je me voyais mal poser un coinceur avec les dents. Donc je me suis rabattu sur des choses plus raisonnables... Et je me suis régalé, sans me faire peur.

À la nuit tombante Jean-Charles nous ramène à Puyloubier. Et s'en retourne à Aix.

Mercredi

Jean-Charles remonte dans les Alpes. Je pars avec Fanny dans les piliers de Subéroque, faire une arête facile et sympathique, l'« Arête des Trois Pointes ». La marche d'approche, nous la faisons en partie avec Sam et Sylvie qui vont dans l'Éperon de la Vierge. Encore une belle petite voie bien sympathique, quasiment pas équipée. Nous papotons au sommet, sous le Soleil. Et puis Sam et Sylvie entament la descente. Nous suivons. Ça se passe juste à gauche de notre arête, dans le couloir de Subéroque. Descente épique. Couloir raide. « Délicat mais rapide » précise le topo. Délicat, ce le fut. Et rapide, ce ne le fut pas. On contourne aisément un premier ressaut. Au deuxième Sam sort la corde. Même si ça passe sans. Il suffit de descendre sur un chêne vert posé là comme pour accueillir les crapahuteurs. Accrobranche. Je pars devant pour jeter un œil sur le troisième ressaut qui théoriquement doit se descendre en rappel, d'après Fanny qui récite le topo. Et de fait. Sur un arbre. Encore. La végétation est partout mise à contribution par ici ! Je voulais gagner du temps et poser ma corde. Nous en avons donc perdu, puisque j'ai récupéré un sac de nœuds. Décidément, je ne suis pas doué avec ça : j'obtiens systématiquement un somptueux plat de spaghetti ! Au bout d'un temps infini, j'en vois le bout. Ouf. je m'élance dans une espèce de goulet, cascade sans eau. Arrivent ensuite Sylvie, Fanny et Sam. Le ressaut suivant se passe en se glissant sous un immense galet tout plat. Chatière qui débouche sur quelques marches un peu expos', Sam ressort la corde. Je descends derrière Fanny. Et finalement nous en voyons la fin. Si la plaisanterie n'a pas été du goût de tout le monde, moi, je me suis plutôt bien amusé !

Nous retrouvons nos sacs au pied de la voie. Là, pique-nique revigorant. Après quoi, les velléités d'escalades s'étant émoussées, nous décidons d'en rester là, et de rentrer tranquillement.

Jeudi

Nous partons bivouaquer au sommet de la Sainte Victoire. J'avais prémédité la chose de longue date, puisque duvet et thermarest faisaient parti de mes bagages. J'en avais parlé en début de semaine. Anne-F était partante. Hier soir, d'autres amateurs se découvrent. Thomas, Tibo... Ce matin, ne restent plus en lice que Anne-F et... moi ! J'avais fait quelques courses la veille pour survivre deux jours. Nous enfournons ça, en plus de nos sacs de couchage, dans nos sacs à dos. L'idée est de parcourir l'arête sud de la Croix de Provence. Quatre cents mètres de voie en AD.

Nous partons ainsi découvrir l'extrémité ouest du massif. Petite marche d'approche toujours aussi sympathique. Nous repérons facilement le départ de la voie. La première partie s'appelle « Les Moussaillons ». Ça démarre sur les chapeaux de roue, avec la longueur la plus difficile, en 4c. Un rocher totalement nouveau, puisque le calcaire jusque là habituel laisse ici la place à un socle en poudingue dalleux, à l'adhérence différente, aux prises moins franches. Le sac est lourd et me gêne avec le casque pour apprécier la suite. Je marche sur des œufs. La longueur est courte, je suis content d'arriver au relais. Anne-F peine elle aussi sous le poids du sac. Elle me rejoint bientôt. La longueur suivante, plus facile, marque la transition entre ce socle de poudingue, probable résidu des dépôts fluviaux du Crétacé supérieur, vers le calcaire « classique » de la montagne, déposé là il y a plus de 100 millions d'années... L'escalade se poursuit ensuite facilement le long de l'arête. Plutôt que de marcher corde tendue, même si le terrain s'y prête plus ou moins, je tire des longueurs en limitant les relais (mais pas le tirage !). Au bout de deux heures nous parvenons au sommet de la première étape.

Le ressaut suivant, nous le contournons à pieds, pour rejoindre le départ de la voie suivante : « Les Rois Mages ». Là, nous mangeons un morceau, entre rochers blancs et ciels bleus. Et puis nous repartons dans notre ascension. La voie parcourt l'arête sud de la Croix. Anne-F part en tête. L'équipement étant restreint, les relais peu ou pas marqués, nous n'en feront qu'à notre tête : Anne-F apprend ainsi à poser des protections et à installer un relais ; ainsi qu'à chercher — et trouver ! — son itinéraire. Le terrain se prête parfaitement à ce genre de jeu. Parfois un vieux piton vient nous rappeler que d'autres sont passés là bien avant nous. Et accessoirement que nous sommes sur le bon chemin...

Les deux dernières longueurs sont très belles, et débouchent juste sous la Croix. Des randonneurs sont là pour profiter des derniers rayons du Soleil. De nombreux parapentes tournevoltent en silence dans les airs autour de nous. C'est beau, et ça me donnerait presque envie de m'y mettre...

Peu après nous arrivons, sous le regard amusé des badauds, nous aussi au pied de la gigantesque croix qui garni le sommet. Le Soleil jaunoit déjà. Il est quatre heures de l'après-midi. Nous nous désharnachons de notre matériel, puis nous allons voir un peu plus vers l'est, pour trouver un terrain moins abrupt, susceptible de nous accueillir sans pour autant que l'on doive dormir dans nos baudriers attachés à quelque clou... Nous trouvons la platitude escomptée au sommet du Signal. De là, nous restons suspendu en contemplation béate devant le coucher du Soleil. Phénomène récurrent s'il en est, mais dont l'infinie variété n'a de cesse de me laisser sans voix. Dès lors, une fraîcheur toute crépusculaire commença à fondre sur nous. Le sommet de la Croix avait depuis belle lurette été déserté. J'enfilais ma polaire. Et nous dînâmes « au lit » dans nos sacs de couchage. Dîner de rois : poulet, pain, carottes, tome et pommes. N'est-il pas ?

Et puis nous regardâmes les étoiles venir percer le ciel une à une. Quelques traînées nuageuses venaient perturber l'ordre céleste. Un bolide météoritique est même venu troubler l'immuable voûte. Anne-F qui avait déjà posé ses lunettes en discerna surtout l'intense coloration verdâtre. Nous sombrâmes dans un sommeil réparateur alors qu'il ne devait même pas être huit heures du soir. Mais il faisait déjà nuit noire... Et la rosée s'en donnait à cœur joie sur nos duvets...

Sommeil réparateur, mais entrecoupé de réveils. D'abord j'ai rapidement eu trop chaud. Mon thermomètre indiquait huit degrés en soirée, et sept au réveil. J'ai donc entr'ouvert quelques aérations. La Lune brillait haut dans le ciel. Les Pléiades tentaient d'émerger d'une chape nuageuse, pour briller d'une façon plus stellaire et moins laiteuse. Plus tard, un petit vent frisquet s'est levé qui m'a forcé à refermer les-dites écoutilles. Puis le vent qui soufflait initialement du sud, a retourné sa veste et s'est mis à souffler du nord. J'ai enfoncé les épaules un peu plus profondément dans mon duvet. Orion s'était levée et brillait de mille feux. Les Pléiades étaient finalement parvenues à leurs fins. Le tout copieusement arrosé d'une blafarde lumière sélénite. Je repartais dans les limbes.

Vendredi

Et l'aube a fini par pointer le bout de son nez. Un horizon noir, découpé au cutter, se détachait sur un ciel d'une infinie variété de nuances colorées. Le lever du jour dans un ciel immaculé reste un phénomène magique. Petit à petit la luminosité ambiante s'accrut. Nous sortîmes de nos cocons de chaleur pour goûter la fraîcheur matutinale. Petit-déjeuner sur fond de Soleil levant, en dégustant un succulent gâteau de riz Yabon. Le calcaire reprenait des couleurs tout autour de nous. Nous pliâmes nos affaires et entamâmes la descente. Par le sentier noir. Par le trou du « Garagaï », immense orifice qui perfore la crête de la montagne de part en part. Au-delà, le sentier se faufile dans l'immense face sud. Suivre le balisage est le maître mot. C'est alors qu'un éboulis nous tend les bras. Et hop, de glissade en glissade je me retrouve en bas. En bas de quoi ? En bas et paumé ! Anne-F a suivi. Mais plus de balises noires... Et ça ne passe pas : des barres à droite à gauche, devant. Seule solution : remonter jusqu'à retomber sur le sentier qui traverse. Ainsi fut fait. De fait la descente fut un chouïa plus longue que prévu. De retour sur le tranquille sentier brun, nous passons au pied du départ du « Grand Parcours » que nous avions prévu de faire aujourd'hui. Mais il se fait tard, nous préférons repasser au gîte. Nous aviserons là.

Un petit mot laissé par les copains nous dit que quatre d'entre eux sont partis dans le Baou de Saint Saturnin, sur l'« Arête des Surprises ». Il est tard pour aller sur le « Grand Parcours », d'autant que je ne suis pas sûr d'arriver à sortir les deux dernières longueurs. Je préfére aller sur un truc moins long et plus facile. L'arête des Surprises me semble être une alternative optimale. Anne-F est partante. Nous cassons la croûte tout de suite, histoire de partir léger : la descente ne repasse pas par le pied de la voie, alors autant ne rien y laisser. Nous partons. Le début de la marche d'appoche est la même que pour les Piliers de Subéroque. En revanche celle du Baou de Saint Saturnin en elle-même n'est pas vraiment tracée, plus une vague sente de chèvre qu'un véritable sentier. Ce secteur doit être très peu fréquenté. Tant mieux. Nous n'y serons que plus tranquilles !

Nous parvenons enfin au pied de la voie, après une heure et quart de marche dont la plupart hors-sentier, à travers les buissons secs de la garrigue. Des cordées sur la voie. Probablement nos acolytes. Je repère un sac, qu'ils ont laissé là... Nous, nous sommes montés en baudrier, le casque sur la tête, avec notre petit sac d'escalade habituel, et la corde sur le dos : nous n'aurons pas besoin de nous repayer un aller-retour ici... Eh, eh, eh !

Anne-F part en tête. Elle pose son relais un peu plus haut. Je la rejoins, et repars aussitôt pour la longueur suivante. Je me paye un peu mur en 4c qui me donne du fil a retordre, surtout parce que la corde file du mauvais coton : un tirage de folie me démonte le dos ! M'enfin, j'y suis. Il y a même des pitons. Et devant moi : les copains !! Soit nous sommes hyper rapides, soit ils ont traîné... Ils ont traîné. Ils ont eu aussi un peu de mal à parvenir au pied de la voie... Sans blague ?

J'installe mon relais entre un gros bloc et une fissure, au pied du fameux pas de 6a. Thomas, devant, me rassure en me disant que ça passe super bien en tire-clou. Bon. J'assure Anne-F. Elle me rejoint. Je repars. J'essaye vaguement de passer en libre, mais c'est surtout pour la forme, hein. J'accroche ma dégaine, puis une sangle, je tire un bon coup, passe un pied dans la sangle, et j'arrive a chopper les grosses poignées à droite. Et voilà ! Je rejoins nos amis au relais suivant. Au tour d'Anne-F. J'ai senti la corde se tendre, le friend se plier. Relais béton ? Relais béton ! J'assure sec. Elle arrive ! La longueur d'après semblait dure, 5b, mais il n'en fut rien. Ensuite, Anne-F reprend la tête, sur l'arête, c'est plus facile. Les deux dernières longueurs sont côtées « 2b ». De la balade. Sauf que personne n'a trouvé l'ultime « 2b ». Chaque cordée a tracé sa voie. Tibo s'est payé une cheminée en cinq quelquechose, Thomas un pilier en quatre, et moi un autre pilier en quatre aussi...

Arrivée au sommet sous un superbe soleil rasant. Tibo et Sylvie sont partis devant pour dégoter le chemin de descente. Nous, on traîne, on prend notre temps, on profite des derniers rayons de Soleil. Bientôt on les rejoint, ils n'ont pas trouvé. Je sais où c'est puisque j'ai déjà emprunté la descente du Grand Couloir. Donc tout va bien. Tibo et Thomas dévalent la pente, se perdent ici et là, je reste avec les trois filles. Après tout, il n'y a pas d'urgence, Anne-F et moi, dans notre grande prévoyance, avons nos frontales. Je jubile quelque peu de ne pas avoir à aller chercher quelque sac laissé au pied de la paroi... Ça doit être pour ça que les garçons s'agitent, devant. La nuit tombe, doucement. Nous arrivons au refuge Baudino où un groupe de jeunes a pris possession des lieux. Nulle trace de Thomas et Tibo. Anne-F leur passe un coup de fil — magie de la modernité... Et là, Ô surprise, nous apprenons qu'ils ont décidé de ne pas repasser chercher leurs sacs, pour descendre avant qu'il ne fasse totalement nuit, abandonnant de surcroît leurs compagnes de cordée (bon, il paraît que ce n'est que ma version des faits !! Mais alors, quelle est la bonne version ?). Il est vrai que retourner au pied de la paroi sans lumière est assez illusoire. D'un autre côté, revenir ici demain n'est guère plus enchanteur... Bon. Qui c'est qui jubilait de ne pas avoir à y aller ? Qui c'est qui va s'y coller ? Ben c'est moi... Eh, eh, eh ! Je plante les filles sur le sentier, leur laisse la corde, mon baudard et le reste en gage. Je garde ma frontale, et part en courant dans les éboulis tenter de retrouver leurs sacs. Je ne monte pas par le même tas de cailloux branlants que tout à l'heure. Je me demande si ça va passer ; ça passe. Je retrouve des repères. Je fonce. Je trouve les deux sacs en moins de deux, et je repars dans l'autre sens. Je reviens bientôt sur le sentier principal, tout dégoulinant de sueur, les deux sacs au dos ; les trois filles m'attendaient sagement. Nous poursuivons la descente tranquillement dans la nuit. Tibo et Thomas nous attendaient à la voiture !

Encore une bien belle journée qui s'achève, dont nous avons profité, Anne-F et moi, de l'aube au crépuscule ! Nous pouvons retourner plus sereinement sous la grisaille parisienne le lendemain...


(1)Nous nous sommes demandé ce que pouvait bien signifier « baou ». De toute évidence il s'agit d'un mot provenant du provençal. N'ayant pas de dictionnaire de français-provençal sous le coude, je m'en remets à Google qui fournit diverses réponses à ce sujet. Ainsi en provençal, « baus » qui se prononce « baou », et s'écrit également comme ça, signifie « falaise », ce qui me semble tout à fait approprié, je l'aurais deviné sans Google. Les « Baux de Provence » illustrent également ce terme, petit village perché sur une falaise... Néanmoins, Google donne d'autres traductions de « baou » : « escarpement rocheux », « piton », « escarpement rocheux en forme d'éperon », « rocher », « rocher élevé »... Bref, si l'exactitude n'est pas de mise, le thème n'en reste pas moins le même !


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Cassandre 15/11/2007 04:52

Je confirme pour le savoir, les "baous" (bien que je ne sois pas sûre de l'orthographe, je ne l'ai qu'entendu) signifie bien falaise, montagne escarpée. Sainte Victoire, étrange comme je la regarde chaque fois que je passe sur l'autoroute... mais je n'ai pas les capacités pour m'y rendre, encore moins pour faire un périple de cette envergure !Chapeau bas ! :)

Guillaume 15/11/2007 09:32

Et oui, elle est belle cette Sainte Victoire. Mais elle est egalement parcourue par bon nombre de sentiers de randonnees... On est pas oblige d'etre grimpeur pour lui grimper dessus !

Simon 05/11/2007 09:08

Bienvenue à la Saine Victoire, ses pitons rouillés, ses approches et descentes parfois un peu délicates, et toujours de belles voies «montagne».
Bien jolies photos !

Guillaume 05/11/2007 13:26

J'ai vraiment adore grimper dans ce coin ! Et comme le potentiel est loin d'etre epuise (je ne desespere pas de m'ameliorer un peu), je reviendrais !!