Ubaye

Publié le par Guillaume

Samedi 4 février 2006 - St Paul - Larche

Vendredi fin d'après-midi. La réunion s'éternise, et je trépigne d'impatience, le cul vissé sur ma chaise, au milieu de la noble assemblée. C'est que j'ai un sac à préparer, moi ! Enfin, ça se termine. Je prends mes cliques et mes claques, et fonce vers le RER qui me ramène chez moi, priant secrètement que les suicidés en sursis aient choisi un autre moment pour aller encombrer les voies. Heureusement, la préparation est rapide, le sac identique à celui de la semaine d'avant. Il me suffit de renouveler le stock de barres énergétiques, de remplir le thermos de breuvage brûlant. J'avale une plâtrée de spaghetti et direction le RER, en tenue de montagne, pantalon de ski, et veste Gore-Tex d'une belle couleur orange, le sac sur le dos, les skis sur une épaule, les chaussures sur l'autre. Pas moyen de passer inaperçu, quoique je soupçonne que la foule bigarrée qui s'en va vers Paris faire la fête s'en fout royalement. Je retrouve José à la gare de Bures. Même accoutrement, même destination. Pendant la demi-heure de trajet qui nous sépare de Denfert nous étudions la carte. Ce week-end-là, le car va en Ubaye dans les Alpes du sud, à Larche. Trois clubs de montagne parisiens se le partagent, le CIHM, maître d'œuvre, le GUMS et le CAF-RSF.

Débarquer du train à Denfert est toujours une affaire délicate, chargés comme nous le sommes. À cette heure-là, le vendredi soir, le RER se remplit toujours de manière conséquente, plus on approche de la ville. Traverser cette barrière humaine sans éborgner personne, là réside la difficulté de l'entreprise : un coup de ski est si vite arrivé ! Une fois sur le quai, l'épreuve n'est pas pour autant terminée : il reste à franchir les tourniquets anti-fraude, qui sont pas bien larges. Ainsi bardé, une fois le ticket glissé dans l'interstice de la machine qui l'avale aussi sec, il faut prendre son élan, foncer, fermer les yeux et faire une grimace, sans oublier de récupérer le-dit ticket. Le sac râcle de part et d'autre, les skis cognent sur la ferraille du truc, suivant le mouvement tant bien que mal. L'impulsion de départ détermine si on s'en sort et on en sort, ou bien si la porte-hachoir se refermera inexorablement sur les bretelles du sac, comme un piège sur sa proie. La détermination à ne pas passer le week-end coincé dans les mâchoires d'un tourniquet de station de métro fait que jusque là je m'en suis toujours sorti.

Nous sommes un peu en avance au rendez-vous. Bientôt je retrouve mes amis du GUMS, ceux du CIHM ; cette fois-ci, je pars avec la casquette GUMS. Je me réserve une couchette. Qui s'avèrera en fait réservée pour les chauffeurs. Bon. Je me retrouve à l'étage, tout devant. Je ne dors pas super bien, je suis balloté de droite à gauche, d'avant en arrière, au gré des vagues. Quelques relents de cigarettes me titillent les narines au gré des arrêts. Malgré tout, je dors un peu, je me repose, pour arriver au petit matin suffisamment frais, prêt à croquer la belle journée qui s'annonce. Car si en passant à Barcelonnette, la neige nous a semblé bien peu présente, en revanche, ces Alpes du sud que je connais si bien ne dérogent pas à la règle : le beau temps règne !

Débarquement à St Paul. Petit déjeuné à l'auberge du coin. Puis décollage. Je vais avec Pierre, Stéphane, Charlotte et Julien, notre objectif est de traverser jusqu'à Larche en passant par les cols du Vallonnet et de Mallemort. Comme ça, ça n'éveillait aucun souvenir dans ma mémoire, mais mon père l'a rafraîchit quelque peu, me disant que le col de Mallemort je l'avais fait en VTT en des temps lointains. De fait, le paysage me rappelera confusément quelquechose, au passage.

Nous avalons les kilomètres, à défaut de dénivelés. Nous croisons Fouillouse, petit village haut-perché. Puis la solitude des grands espaces enneigés. Nous suivont la trace de racquettistes, plutôt bienvenue, car sur ces versants nords où nous évoluons, la neige est profonde. Immenses platitudes, qui commencent à sérieusement me faire regretter de ne pas avoir pris plus de soin à faire mon sac. Que de choses inutiles, je trimballe, à commencer par mes baskets, qui seront certes utiles au gîte, mais dont j'aurais bien pu me passer, le sac des chaussures (!!), celui des skis (!!). Un litre d'eau en surplus. Mais celui-la je ne le regrette pas : il sera bu ! Bref, on l'aura compris, la platitude commence à me tirer sur les épaules : je n'ai pas l'habitude ! Et puis c'est l'heure. L'heure de la pause casse-croûte. Bon. L'idée de me remplir l'estomac juste avant la dernière pente qui mène au col ne m'enchante pas particulièrement : ça va encore me couper les jambes, mais l'unanimité pèse en faveur de cette pause sustentation. Je me plie, sans râler, car de toute manière, j'ai faim ! Pique-nique sur un carré d'herbe sèche, il fait les choses en grand notre chef de course. Dommage qu'après le premier sandwich le Soleil se fasse la malle derrière l'arête. Un froid intense s'installe et a raison de notre inactivité du moment. Nous ne traînons pas, le dessert est vite expédié. Il faut repartir. Remettre la machine en marche. Petit à petit, nous approchons du premier col. La neige est très instable. De belles crevasses s'ouvrent ci et là sous mes spatules dans le manteau neigeux. Heureusement que la pente est suffisamment faible pour empêcher ces plaques de la dévaler, et moi avec. Arrivée au col.

S'ensuit une traversée mi-plate, mi-descendante que nous faisons avec les peaux, histoire de ne pas être inquiété lors de la remontée sur le col de Mallemort en cas de peaux à la colle récalcitrante. Elle est belle cette traversée. Nous évoluons dans un superbe vallon, de mamelon en mamelon, dans l'autérité du massif. Le poids du sac se fait définitivement sentir lors de la courte remontée, de l'autre côté : j'en ai plein le dos, comme qui dirait. L'arrivée au col de Mallemort, est un grand moment. Échancrure dans l'arête rocheuse qui descend de la Tête de Viraysse, il est le passage de l'ombre à la lumière. Ombre glaciale, lumière solaire qui réchauffe instantanément. Je suis déshydraté, et la première chose que je fais et de m'enfiler la moitié de ma gourde de réserve. Le reste sera avalé par mes compagnons, également assoiffés. Nous profitons des derniers rayons de Soleil, qui rejoint lentement mais sûrement la Tête de Siguret, qui nous domine de l'autre côté de la vallée. Tout au fond, en bas, Larche. Le froid reste malgré tout bien présent et les activités farniente et contemplation sont remis à une date ultérieure. On se prépare à s'enfiler une belle pente, qui se déroule dans un beau vallon immaculé.

Une seule inconnue, l'état de la neige : bonne ou pourrie ? Une seule façon de savoir, c'est d'aller y voir. J'amorce le premier virage dans une neige pesante, trop pesante. Mon ski gauche, se révolte, revendique son indépendance et... la prend ! Droit dans la pente qu'il s'enfuit, le traître ! Je me retrouve les fesses dans la neige, les yeux équarquillés, la bouche en une rondeur pleine d'étonnement. Bah, merde alors, mon ski ! Je le regarde filer comme le vent, dans cette pente que je me faisais déjà un joyeux plaisir d'entamer. Il file, il file, semblant ne jamais vouloir s'arrêter. Ça dure une éternité. Vais-je le récupérer juste là, au fond du vallon, ou bien va-t-il continuer son affreuse course jusqu'au fond de la vallée ? Et s'il s'explosait contre un caillou ? Arrivé sur un replat, il décolle, et la pesanteur faisant son œuvre, se retourne sous le poids de la fixation, l'atterrissage se passe mal (pour lui), il fait un soleil dans les airs avant de se plante la tête la première dans la neige. Moi, en attendant, je respire ! Ouf, je ne vais pas devoir courir désespérément en fond de vallée quêtant honteusement ci et là, si quelqu'un n'aurait pas vu un ski passer, par hasard... Je m'offre donc une petite descente sur un ski. La neige est pourrie, pas de regret. J'arrive bientôt sur l'échappé que Stéphane à déjà rejoint. J'en profite pour mettre les lanières que j'avais négligemment laissées dans le sac. Je pense à mes amis du CAI, en Italie, qui sont en croisière contre les lanières : ainsi attaché, en cas de chute, le ski peut retomber sur le malheureux, et en cas d'avalanche le trainer par le fond. Constat auquel je souscris pleinement. Mais lors de mes randos avec eux, combien de fois ai-je vu voler des skis, comme ça, bien loin de leur propriétaire ? Une fois, j'ai même été courir après l'un d'eux en mal de liberté. Je lui ai sauté dessus comme un rugbyman sur un ballon ovale. Une autre fois, c'est une heure de perdue à chercher un ski dans une superbe couche de neige poudreuse. En vertu de tout ça, j'ai donc décidé de faire des lanières amovibles à l'aide d'un petit mousqueton. C'est parfait. Sauf quand j'oublie ou ai la flemme de les mettre... Ah ! Je rigolais bien de les voir regarder leurs skis s'envoler, ces italiens, je rigolais bien...

La descente sur Larche est un vrai jeu de piste. Il s'agit de descendre sans déchausser, de plaque de neige en plaque de neige, au milieu de l'herbe. Et ça marche ! Tant bien que mal, au prix de quelques acrobaties, nous nous rapprochons du village. La couche de neige est peu épaisse, mais déjà regelée dans la fraîcheur du crépuscule, nous nous régalons. Le ciel s'assombrit déjà pour la nuit lorsque nous arrivons au gîte. Nous y retrouvons d'autres groupes parmi nos connaissances.

Dimanche 5 février 2006 - Tête de Fer

Au départ nous pensions faire la Tête de Siguret, mais les conditions d'enneigement et surtout la stabilité toute relative du manteau en face nord, nous en dissuadent, la gardienne du gîte est rassurée. Le soir, j'averti mon père de nos plans. Il va nous rejoindre pour la rando. Cette nuit-là, dans le dortoir, je me caille : l'unique couverture à ma disposition ne suffit pas. Je regrette mon petit duvet laissé dans le car... Si j'avais su... La prochaine fois... Donc je ne dors pas super bien, encore une fois ! Mais l'appel des cîmes au petit matin fera fi de tout ça.

P'pa, fidèle au poste. Nous terminons de nous préparer, et c'est reparti ! Du plat, d'abord, sur les pistes de fond. Et puis, nous bifurquons dans la forêt qui s'engouffre dans le vallon qui mène au sommet. Pas de trace, là. La pente se raidit. On brasse comme des dingues. L'instabilité du manteau m'inquiète. Ça passe. Chaque mètre est durement acquit, entre pierres qui roulent, neige profonde, pente raide, et melezin inextricable. On bûcheronne dans les mélèzes, ou bien on abîme les skis sur les pierres, affleurantes. Bref, le boxon ! Deux heures pour faire deux cents mètres de dénivelés. Nous sortons enfin de ce dédale. Pour nous apercevoir qu'une belle et large trace court tranquillement en fond vallon... Une petite cinquantaine de mètres à descendre, et nous y voilà ! Sur les rails ! La trace est gelée, ça monte bien. On peut désormais avaler un peu de dénivelés. Après quelques raidillons, nous entrons dans un sompteux paysage vallonné, recouvert d'un duveteux manteau blanc. Une dernière traversée, et puis les dernières pentes s'offrent à nous. Deux skieurs nous ont précédés, probablement la veille. Ce jour-là, nous sommes tout seuls. Le bonheur ! Le Soleil rayonne, le ciel d'un bleu profond, l'air est vif, mais pur. La trace contourne les pentes sommitales pour l'attaquer par le flanc. Le sommet est tout pelé ; après être allés jusqu'au plus haut sur une pente de neige dure, nous laissons les skis pour finir à pieds. Un petit bout d'arête permet d'accéder au sommet.

Nous attendons les retardataires en nous plongeant dans la contemplation des lointains, qui sont d'une grande netteté. Le panorama est stupéfiant, Viso, Écrins, Mercantour... Mais bientôt, il faut se reconnecter à la réalité, celle de l'heure qui défile, ce rendez-vous à ne pas manquer avec le car qui doit nous ramener vers de sombres planitudes. Pas le temps de s'attarder, d'ailleurs le petit vent frisquet qui souffle là-haut n'invite pas particulièrement à la rêverie. Nous redescendons, gavés de cîmes et d'air pur. Nous suivrons les traces de descente de nos prédécesseurs. Au menu, une superbe pente assez raide, avec une sympathique petite couche de poudreuse sur une sous-couche dure. Un véritable régal sous les spatules ! Nous ne nous attardons pas dans la descente : pas le temps. Une belle descente, avec tous les types de neige, mais globalement plutôt agréable. Cette fois nous suivrons la « vraie » trace dans la forêt, beaucoup plus sympa. Retour sur les pistes de ski de fond, et bientôt, après quelques épuisants pas de patineur et/ou poussées sur les bâtons, nous arrivons au gîte. On a même le temps de boire un verre avant de quitter la serenité du lieu...


Quelques images ici...

Publié dans montagne

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civetta 12/02/2006 00:15

super, les photos!