Exposition « Des glaciers et des hommes »

Publié le par Guillaume

Ayant abandonnés la Suisse centrale pour cause de mauvais temps, pour rallier le nord des Alpes à la météo plus propice, nous avons atterri à Chamonix. Le temps d'une ultime perturbation avant le retour du Soleil annoncé, nous avons flâné dans les rues de la capitale de l'alpinisme.

J'avais déjà noté les affiches pour cette exposition mais n'avais jamais eu le temps de m'arrêter pour y aller : d'habitude, je ne fais que passer à Chamonix, sans vraiment musarder au fond de la vallée. Cette fois-ci, un peu de pluie décala la montée vers les cîmes. Délai mis à profit pour quelques heures de culture...

Une fois dégoté l'Espace Tairraz, un ancien parking reconverti en espace d'exposition, nous prenons notre ticket pour la visite. Dehors, il pleut des cordes.

Les glaciers sont des entités particulièrement sensibles au réchauffement climatique. Tous les alpinistes ont constaté que les glaciers des Alpes baissent. En témoignent les 90 mètres d'échelles que nous descendrons le lendemain pour poser le pied sur la Mer de Glace depuis la gare du Montenvers. Mer de Glace qui ressemblait à un véritable fleuve à cet endroit même au début du vingtième siècle : le glacier y a perdu plus de 120 mètres d'altitude depuis 1900, et plus de 50 mètres depuis la fin des années 1980... D'ailleurs l'exposition nous accueille par des peintures, vues d'artistes de la vallée de Chamonix dans quelques temps, une fois que le réchauffement aura fait son œuvre, décorée de palmiers, surplombée de sommets arides...

Les glaciers vont et viennent dans la longue histoire de la planète. La température à la surface du globe aussi : le réchauffement nous alarme — à juste titre — mais la Terre n'en est pas à son coup d'essai... Il est vrai que l'on observe plus de traces dans le paysages des dernières glaciations que des anciennes périodes torrides. Des images montrent les alpes engorgées sous des fleuves de glaces lors du maximum glaciaire de Würm, il y a une vingtaine de milliers d'années... Vaut-il mieux des glaciers à Lyon ou bien des cocotiers à Chamonix ?

Les glaciers vivent. Ou plutôt s'écoulent. Fluide particulièrement visqueux, il faut s'armer de patience pour voir le phénomène. Le glaciologue Luc Moreau a réalisé des montages où l'on voit la glace couler : le glacier d'Argentière est à l'honneur, que ce soit sous le lit de glace ou bien au niveau de la rupture de pente provoquant la chute continuelle de séracs. Spectacle saisissant quand on l'observe de loin, à l'abri, spectacle terrorisant quand ça se passe au-dessus de la tête de l'alpiniste. Spectacle imprévisible.

Les glaciers altèrent le paysage : la roche garde la trace du passage du fleuve, cicatrices bien visibles, polissage, rayures... Le paysage aussi, comme en témoignent ces innombrables vallées en auge, flancs abrupts et fonds plats, qui sculptent les Alpes.

Les glaciers fascinent les gens, ils les terrorisent parfois. Ceux qui habitent à leur pied doivent bénir le changement climatique qui fait se rétracter ces monstres de glace qui ont parfois avalé goulûment des villages notamment lors de crues glaciaires au cours du Petit Âge de Glace, entre le XVIème et le XIXème siècle. Pourtant le réchauffement induit d'autres effets pervers dans la machine glaciaire : la fonte provoque le retrait des glacier et la formation de lacs en aval retenus par des moraines qui peuvent céder sous l'accumulation de l'eau et déclencher des vagues dévastatrices...

Enfin, les glaciers fascinent l'amateur de montagne et d'alpinisme que je suis — et fort probablement tous les amateurs de montagne. Ils sont beaux. Même s'ils recèlent des pièges parfois mortels pour qui se prend une avalanche de séracs sur la tête, pour qui passe à travers un pont de neige cachant sournoisement un abîme glacé... Les alpinistes ont de fait une relation passionnée avec les glaciers, faite d'amour et de haine. Quand je me balade sur leur dos, j'ai les yeux équarquillés devant leur beauté majestueuse et silencieuse : crevasses aux reflets bleutés, séracs en forme de calissons, petit ruisseau ou véritable lac d'eau turquoise... Comment peut-on rester indifférent au spectacle sans cesse renouvelé de la nature ?


Rupture de pente et barre de séracs sur le Triftgletscher dans le massif du Dammastock en Suisse. Au premier plan, la roche polie par le passage du glacier.

L'exposition est ouverte de 14h à 19h tous les jours, l'entrée est de 5,20 euros, elle se tient jusqu'au 1er septembre 2008. Je vous invite donc à aller y jeter un coup d'œil, si vous passez par là, qu'il fait trop mauvais pour aller en montagne, ou si l'envie de vous cultiver vous titille... D'autant qu'avec l'entrée à l'expo vous avez accés au superbe Musée des Cristaux, qui présente une collection hallucinante de pièces incroyables trouvées dans le Massif du Mont Blanc...

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