Escapade italo-suisse

Publié le par Guillaume

Samedi 25 Février 2006

Après un petit déjeuner à Bourg Saint-Pierre (en Suisse, sur la route du col du Grand Saint-Bernard ; je situe, pour ceux qui ont séché leurs cours de géo, comme moi), le car nous dépose à Bourg Saint-Bernard, essentiellement une station de ski juste avant le tunnel qui passe sous le col. Station de ski réduite à sa plus simple expression : son télésiège et son télécabine. Le tout s'appelle Super Saint-Bernard. Parce qu'une station de ski, c'est forcément super(1). Bref. Notre chef de course ayant mis son éthique dans sa poche, nous commençons par huit cent mètres de dénivelés en télécabine, histoire d'attaquer le week-end par le haut. Bon. Le temps est neigeux, brouillardeux. Arrivé au sommet de la machine, nous basculons de l'autre côté, chez les italiens. Grand blanc : on y voit goutte. Une fois les huit membres de mon groupe prêt, je me lance dans la pente. Le premier virage est délicat : les jambes sont encore raides, et surtout, surtout, je n'y vois rien. Relief absent. Je skie à l'aveuglette. Heureusement les italo-suisses, dans leur grande sagesse ont balisé la descente, sorte de piste non dammée. Les bâtons jaunes et noirs qui s'égrenent tout au long de la pente ainsi que la gravité seront notre seul repère pour ne pas perdre le bas ! La neige est excellente, on aimerait tellement y voir plus loin que le bout de son nez pour se lâcher un peu. Mais non. En abordant des altitudes plus décentes, le plafond se relève vaguement permettant à la visibilité de s'élargir quelque peu. La piste s'enfile à droite dans la forêt. Nous suivons. Pour finalement prendre le large vis-à-vis des piquets, et traverser au jugé, presque, dans les bois. Et tombé sur un superbe chemin, d'une horizontalité impeccable qui longe une canalisation. La traversée vers le vallon qui devrait nous mener à notre col, le col Est de Barasson, se passe bien, mis à part un peu de bûcheronnage dans la forêt après avoir quitter notre tuyau, et une neige qui collait terriblement aux semelles. La forêt est fantômatique, encore toute de blanche vêtue. Nous nous immisçons sans bruit dans ce silence duveteux. Je trace devant la petite troupe, avec mes kilos de neige collée sous les planches. Impression d'avoir des skis en fonte. Bientôt, nous croisons les deux bâtisses qui forment le patelin de Barasson.

Désormais, c'est tout droit : il suffit de remonter le vallon jusqu'en haut. D'abord en longeant le torrent, puis en s'élevant de plus en plus. Enfin. La neige devient ainsi moins pesante avec la fraîcheur de l'altitude. Mais elle reste particulièrement profonde. Je trace en prenant soin d'éviter les pentes trop raides, même si au fur et à mesure de la progression et des sondages rudimentaires au bâton, il m'apparaît que ce manteau est relativement stable, la neige dotée d'une bonne cohésion. Pourtant, je reste un peu angoissé quand il s'agit de traverser une pente un peu raide. D'autant que pendant un moment, le jour se fait de nouveau blanc, me cachant le relief, que seules les spatules butant sur la pente m'aident à découvrir. J'avance tel un aveugle. Dans ces conditions, quand la pente se cache derrière une blanche uniformité, j'ai toujours un peu peur de ce que j'ai au-dessus de moi, au-devant, voire au-dessous. J'ai beau me dire que ces grains fins qui stratifient le manteau neigeux le stabilise par leur cohésion, la profondeur de celui-ci continue de m'inspirer une confiance très moyenne. Nous gardons quelque distance entre nous. Nous nous élevons dans la pente, vers le col, et ça tient. En revanche l'heure tourne. Notre traversée dans la forêt nous en a pris pas mal, du temps... Et je commence à peiner à tracer : c'est que ça dure depuis un moment cette histoire ! La neige est toujours aussi profonde bien que l'on soit désormais bien au-dessus de la limite des arbres... Contrairement aux massifs que j'ai pu arpenter en France ces derniers temps, le vent n'a pas soufflé tant que ça par ici. Résultat : je brasse. Et je finis par m'essouffler ! Heureusement Sonia est juste derrière et va me donner un coup de main pour en terminer.

Nous arrivons sur un replat en vue du col. Il ne fait aucun doute que le col Est de Barasson que nous devons traverser est là, devant nous. Même si le gros pylône qui le couronne n'est pas sur la carte. Après tout les lignes haute-tension ne sont peut-être pas indiquées sur la carte. Revigoré de nous savoir presque arrivés - le col est là, à portée de spatule -, je reprends la trace. Et peu de temps après, j'arrive sur la crête. Une belle crête façonnée par le vent. Superbe vue derrière gâchée par les fils électriques qui la zébrent. Cette foutue ligne haute tension, qui ronronne au-dessus de nos têtes et qui décorent les crêtes depuis notre entrée dans le vallon tout en bas. Alimentation électrique qui part du barrage sous le col du Grand Saint-Bernard, pour aller éclairer les italiens. Et nous bousiller le paysage, accessoirement. Une fois mon souffle repris, je m'interroge sur la route que l'on voit en bas, en fond de vallée. Je croyais que le chemin qui mène à l'hospice n'était pas praticable en hiver ? Un doute m'assaille. Je sors la carte. Le verdict tombe : je me suis gouré de col ! Sylvain arrive : « Sylvain, j'ai une mauvaise nouvelle... » « Quoi... ? » « Euh... C'est pas le bon col ! » Il en est tout de suite autant persuadé que moi. Ça m'apprendra à ne pas regarder la carte comme il faut !

Deux solutions : soit rejoindre le bon col par la crête, une arête de mixte peu engageante, soit redescendre un peu et remonter. On aurait envie de traverser au maximum, ne pas perdre trop d'altitude, mais la neige à beau être stable, faut pas tenter le diable non plus : les pentes en question sont raides ! Pour moi, la solution la plus rapide c'est de redescendre et de remonter. Même si j'en ai plein les jambes. Car une crête de mixte un peu technique prendra forcément un temps fou, d'autant que nous sommes nombreux. Il faut activer : le Soleil décline. Ainsi fut fait. Traversée descendante en gardant les peaux : une honte dans cette superbe poudreuse ! Je traverse pas suffisamment bas. J'entends un cri derrière moi « coulée ! », je lève la tête, et vois une petite coulée de neige se diriger doucettement vers ma trace derrière moi. Sylvain qui me suivait prend ses skis à son cou. Rien d'alarmant en définitive, seule la couche superficielle, une dizaine de centimètres de neige fraîche est instable. Peut-être. N'empêche que j'incurve ma trace vers le bas ! D'autant que le manteau présente quelques fractures peu engageantes juste au-dessus. Un replat pour attendre les derniers, une petite pente bien raide à passer. Sylvain part devant. Pente trop raide, la couche superficielle glisse avec le skieur sur la couche dure du dessous. Il décide de finir à pieds et brasse sur cinq mètres dans un paquet de neige. Bon. J'attends les derniers, prête mes grosses moufles-radiateur pour réchauffer une paire de main, et on y va. L'un après l'autre. Sylvain aide tout ce monde à franchir le pas avec un bout de corde. Sur le point de passer la petite marche, Jean-François nous fait un coup de calgon... Vertiges, nausées, mal d'altitude, selon lui (à 2500 mètres ????), je ne perçois pas tout de suite la portée de la chose. C'est seulement quand Sylvain me demande : « qui redescend avec lui : toi ou moi ? », que je réalise l'ampleur du truc. Ben j'espère qu'il va récupérer vite fait, notre ami Jean-François ! Gilles le motive en ce sens. On sent la nuit toute proche. Voilà comment une simple petite erreur d'itinéraire peut se transformer en galère...

Mais bon, jusque là, ça va. Véronique passe la marche. Jean-François se sent mieux. Lui aussi passe le pas. Une bonne chose. J'allège son sac et récupère son kilo de crampons et son piolet : que ne ferais-je pas pour continuer vers le haut ! D'autant que le col n'est pas loin. Et devant Sonia qui trace... Je pars dans l'espoir d'aller lui donner un coup de main. Mais elle arrivera au col un peu avant que je ne la rejoigne. Elle a bien eu peur dans cette dernière pente un peu raide : peur que ça ne parte. Il est vrai que la couche du dessus n'a pas de cohésion avec celle du dessous. Cela ne concerne qu'une dizaine de centimètres de neige toute légère... Ce n'est pas parti...

J'arrive au col entre chien et loup avec un peu de brouillard. Impossible de voir de l'autre côté : est-ce une barre à sauter qui nous attend ou bien une petite pente bien sympatique ? Corniche ou pas ? Neige stable ou pas ? Ces questions m'inquiètent un peu. Sylvain qui nous rejoint, ce qui veut dire que tout le monde a continué vers le haut, propose de s'encorder pour se jeter dans la pente et ainsi répondre à toutes ces interrogations. Je décide de faire le cobaye. J'avoue que j'ai fait le premier mètre avec beaucoup de précautions, en descendant un ski après l'autre, doucement : je savais pas quelle pente était sous moi, je ne voyais rien. Je sautais de temps en temps pour tester la stabilité de ce que j'avais sous les spatules. Et puis, petit à petit la pente s'est dessinée sous moi. La confiance est rapidement revenue, rien de bien difficile, en définitive. Mais ne rien voir du tout n'était pas engageant ! Sonia me rejoint, puis les autres. La corde devenait superflue, avec ce point de mire en contre-bas. Mais n'y voyant toujours rien pour la suite des évènements, je continuais de descendre en dérapage : un comble dans cette bonne neige ! Les autres suivaient...

Et puis le brouillard s'est dissipé, la nuit s'est installé, on a allumé les frontales, et ce fut tout de suite mieux. On a pu faire quelques virages. La neige était excellente et faisait regretter de ne pas avoir pu se lâcher là-dedans avec une bonne visibilité ! Cap 340, puis plein ouest vers 2200 mètres d'altitude. On est tombé sur la trace de montée vers l'hospice et le col... Plus que deux cents mètres... Je pars devant, encore et toujours. J'avais un peu les jambes en compote. À vouloir faire le mariole à tracer tout le temps, voilà le résultat ! Mais vu que ma plus grande crainte à ce moment-là était que le service pour le dîner soit terminé, plus de soupe pour se caler l'estomac après presque 10 heures de balade en ski, que nos hôtes les chanoines de l'hospice soient partis à la messe sans laisser un fond de soupière à portée de cuillère, ça motive ! Oublié les jambes lourdes ! Une lueur orangeâtre, là-haut dans la nuit. L'hospice. J'arrive. Je me débarrasse de mes skis et chaussures dans la pièce réservée à cet effet... Et mes craintes s'envolèrent quand je vis la bienveillance et la chaleur avec laquelle les chanoines nous accueillirent. Il restait de la soupe. Nos places étaient réservées au réfectoire. Mais c'était l'heure des Complies, et nous fîmes honneur à leur garde-manger pendant que les chanoines chantaient la gloire et l'amour de leur Seigneur. Après le souper, l'estomac enfin calé, petite digestion tout en dressant les plans pour le lendemain. Et puis lavage de dents, et dodo. Je zappe la douche.

Dimanche 26 Février 2006

Le dortoir s'agite dès sept heures et des poussières. Alors que le petit-déj' est à huit heures... Pffff... Y'en a qui exagèrent ! Pour la peine, le réveil général au rythme des Alleluia de la douce musique religieuse qui sonne traditionnellement le réveil à 7h30 passe complètement inaperçu. J'ai largement le temps de bien préparer mon sac, même de mettre les peaux sur mes skis, sans réaliser que l'on commencera en fait par descendre... Et puis les morfales attendent l'heure fatidique les pieds sous la table. Après le p'tit déj' ça s'agite et ca frétille ici et là. Tout le monde est sur le départ. Tant pis, je garde les peaux, on ne descend pas beaucoup. En attendant les derniers, j'en profite pour resserrer ma fixation, celle qui déchausse toute seule dans les virages, sous une neige un peu lourde. Ça y est, tout le monde est là. Vérification des ARVA, et c'est parti. Vers l'ouest, l'Italie. On descend la route du col sur un kilomètre avant de bifurquer vers le nord. Et de monter. J'attends que mes compagnons mettent leurs peaux...

En fait presque tout le monde a décidé de passer par ce col, le col de la Fenêtre d'en Haut. Y compris nous. Et donc, une bonne vingtaine de randonneurs vont s'échelonner sur la trace qui s'élève doucement mais sûrement vers l'azur. Car le temps est splendide, les cieux d'un bleu profond, et le Soleil donne... Je me régale à prendre quelques images. Je sens par ailleurs que mes jambes n'ont plus la fraîcheur de la veille à la même heure : la trace se fait encore sentir dans les cuisses. Ce qui ne m'empêche pas de m'amuser un peu, je double ici, m'arrête là pour faire une photo, repars, redouble, pour m'arrêter de nouveau un peu plus haut. Le long serpentin de randonneurs s'étiole sur la trace. Heureusement que la neige est stable, sauf la dernière couche mince, sinon, je me demande comment on pourrait sortir autant de skieurs sous une coulée malencontreuse. Impossible de savoir combien seraient ensevelis. Pas facile d'imposer un intervalle de sécurité, et surtout de s'y tenir... Mais la pente n'est pas raide, et seul un passage sous le col pourrait éventuellement s'avérer critique. Il n'en fut rien. Même si ma proposition d'attendre un peu et de s'espacer pour le traverser s'est trouvée réfutée en haut lieu. Et puis le col, déjà. Mon idée de traversée d'arête jusqu'à la pointe de Drône me paraît bien compromise par les accumulations de neige fraîche un peu partout. Quant à passer dans la vallée d'à côté, pas trivial non plus. Le seul passage praticable serait la crête, en mixte, qui mène sur une espèce d'antecîme de la pointe de Drône. D'après la carte, ça descend bien de l'autre côté.

Nous décidons d'aller voir. Si ça ne passe pas, il suffira de revenir sur nos pas. Nos effectifs se réduisent, de huit nous passons à cinq... La vue de la crête qui s'annonce en a découragé plus d'un. Bon, c'est parti. Première étape, rejoindre le pied des hostilités. Pour ce faire, une autre crête, en neige, bordée de chaque côté de belles pentes raides, avec au sommet de belles congères et corniches. Sylvain nous fait une trace là-dedans, mais j'avais hâte d'en finir, je n'étais pas rassuré par la stabilité de la chose. Heureusement, le passage un peu chaud était court ! Au pied de la crête, on enfile le baudard, non pas qu'il puisse servir, mais surtout parce qu'on l'a porté jusque là, alors hein, autant le mettre. Et puis les crampons. Et les skis sur le sac. Sonia part. Je la suis. Je grimpe avec mes moufles et le piolet dans une main, c'est dire comme c'est facile. Et avec la neige qui recouvre tout ça, c'est encore plus rigolo. Sonia préfère me laisser passer devant. Je vais donc m'amuser à tracer dans cette neige profonde au milieu de ces rochers. C'est raide, suffisamment pour que ce soit ludique, pas suffisamment pour sortir corde et attirail. Mais bientôt, c'est le sommet. La suite de l'arête, c'est tout de suite une autre paire de manche : bien plus engagée, bourrée de neige et cornichée, nous n'envisageons même pas d'y poursuivre notre épopée... Notre escapade crêtoise s'arrêtera là. Nous nous débarrassons des baudards et des crampons, pour revenir à nos skis, que nous dépotons (du verbe Dépoter, enlever les peaux). Un petit couloir, court, étroit et raide nous tend les bras. Sylvain me demande s'il ne faudrait pas que le premier s'y lance encordé pour tester la résistant de la neige. Et là, erreur de ma part : dans mon enthousiame, je minimise le danger. C'est Gilles qui s'y colle. Deux virages depuis le sommet du couloir dans de la bonne poudre. Troisième coup de carre, et voilà, ça part... Oups ! Seule la sempiternelle couche superficielle, dix centimètres de neige pulvérulante se détache trente centimètres au-dessus de lui et glisse vers le bas, le laissant sur place. Ouf ! Heureusement que le couloir est étroit, ça limite les dégâts. Mais j'ai honte. Honte d'avoir lancé Gilles là-dedans, et surtout de ne pas avoir appuyer la proposition de Sylvain de l'encorder. L'avantage, c'est que désormais, on peut y aller franco. Un par un, quand même, faut pas tenter le Diable. Sylvain se lance, puis Jean-François, qui descend en dérapage et ce faisant racle toute la bonne neige qui finit forcément en bas, le sagouin ! M'enfin ! Je propose à Sonia d'y aller ensuite à condition qu'elle me laisse un peu de neige ! Et c'est mon tour... La pente est raide et étroite, tout ce que j'aime ! Même si c'est très court. La suite n'est que pur bonheur. Une neige immaculée, poudreuse superbe, on se régale, on flotte dans les courbes, on donne l'impression de skier comme des pros. Mais surtout, surtout, c'est tout simplement un monstre plaisir ! Ultime pente, un peu raide, là encore, ce sera chacun son tour. Une belle et grande pente... Le pied !

D'ailleurs c'est au pied de celle-ci que nous avons décidé de rechausser pour ne pas s'arrêter en si bon chemin. Seul Sylvain nous abondonne : ses peaux ne veulent plus rien entendre, elles se sont foutuent en grêve. C'est donc moi qui accompagne tout ce petit monde sur le Mont Teillier. En principe la trace est faite, vu le peuple qui sillonnait ce sommet dans la matinée. Sauf que ce d'en haut nous avions pris pour une trace de montée n'est que traces de descente. Va falloir encore tracer ! C'est encore moi qui m'y colle. Heureusement, ça ne dure pas, et nous rejoignons rapidement la vraie trace de montée. Après un petit casse-dalle au pied de la dernière pente, nous nous élançons vers le sommet. Je surveille l'heure : il ne s'agirait pas de louper le car, je me ferais lyncher ! En tout cas quelle bonheur de progresser sur une trace toute faite... Évidemment le revers de la médaille, c'est que ça ressemble à une piste par ici. On est loin des blancheurs immaculées dans la solitude de la veille. Enfin, seules les traces d'un passage conséquent subsistent, car nous sommes seuls et bons derniers à nous payer ce petit sommet. En arrivant sur la croupe sommitale, des restes d'orgies jonchent le sol... Les peaux d'oranges sont certes biodégradables, mais pas avant le printemps, et d'ici là, ça pollue la vue. Parfois les randonneurs m'énervent dans leurs rapports (de force) avec la nature... Petit passage au sommet, où nous accueille du brouillard qui monte par volutes du versant ouest : le paysage doit être sympa, mais faudra l'imaginer... Dommage, car le Mont Blanc n'est pas loin, le Cervin non plus. Ce sera pour une autre fois. Je n'ai pas envie de traîner, si jamais le brouillard voulait faire des siennes et descendre encore plus bas lécher le fond du vallon... Bref, j'aime bien avoir un peu de marge, tant qu'à faire. Ainsi fut fait. Descente rapide, dans le Soleil de fin d'après-midi, sous l'ombre grandissante des pics alentours. Finalement y'avait même un peu trop de marge. Nous arrivons à Bourg Saint-Bernard avec une heure et demi d'avance sur le car... Le temps de siroter un coca...

Que la montagne est belle !

Je reste à chaque pas en profonde admiration pour cette nature au sein de laquelle j'évolue en ski. Chaque corniche, chaque relief sous son manteau de neige, chaque congère, chaque rayon de Soleil qui perce à travers les nuages est pour moi un motif d'émerveillement. En témoignent les images que je fais pour essayer d'immortaliser ces instants éphémères. Et puis il y a les arbres, la forêt, splendide quand elle est recouverte d'un doux manteau blanc, et ces animaux que l'on croise parfois. Cette année j'ai croisé beaucoup de chamois au cours de mes pérégrinations hivernales. Plus que je ne n'en avais jamais vu en cette saison. Ce week-end-là ne dérogea pas à la règle. Tandis que nous progressions, samedi, dans le fond du vallon qui allait nous amener au col, mon regard fut attiré vers le haut. Une harde de chamois était en train de gravir une falaise enneigée, avec une agilité déconcertante. Ils étaient nombreux, une vingtaine, et couraient là-dedans, faisant abstraction de la verticalité de la chose. Un « mixte » qui m'aurait donné du fil à retordre, et eux galopaient là-dedans. Je me sentis soudain pataud, collé par mes skis sur le sol, rattrapé par la pesanteur (et accessoirement par cette foutue neige collante qui me gratifiait de quelques kilos en plus sous chaque ski)...

Peu de temps avant, dans la première descente, dans le règne de la blancheur omniprésente, en bas et en haut, il neigeait. Mais ce n'était pas n'importe quoi qui tombait : des étoiles. Des étoiles virevoltaient autour de nous ballottées par les courants d'air. Des cristaux de neige. Des vrais. Comme dans les livres. Des étoiles à six branches, d'une régularité géométrique parfaite. Cette nature, quand même, que de merveilles nous réserve-t-elle ! Évidemment, quand on prend soin de regarder d'un peu plus près, on voit souvent ce genre de flocons. Mais quand même, quand même, je ne suis toujours pas blasé...

 

De délicates étoiles...

 


Et - Last but not least ! -, en arrivant au faux col, samedi, je découvre un Soleil encerclé d'un halo lumineux, le halo à 22 degrés, avec ses deux parhélies. Pour savoir que c'est 22 degrés, il suffit de tendre le bras, d'écarter les doigts, l'angle ainsi formé entre le pouce et l'auriculaire, l'empan, fait environ 20 degrés. Il y avait aussi un bout de colonne lumineuse qui scintillait sous le Soleil, en plein sur les fils de la ligne haute tension qui nous gâchait la vue. Ces phénomènes optiques arrivent assez fréquemment, et souvent le profane passe à côté sans s'en rendre compte. Ces halos proviennent de la réfraction des rayons du Soleil à travers de petits cristaux de glace, de forme prismatique, présents dans l'atmosphère, à la manière d'un prisme qui décompose la lumière en arc-en-ciel... Les différents halos que l'on observe proviennent de différents formes de cristaux, et de différents parcours de la lumière en leur sein.

Mais le plus beau, ce fut dimanche, au sommet de notre arête. Un superbe halo à 22 degrés, très intense, deux parhélies, et un arc tangent, chose que je n'avais jamais vu ! En y regardant bien, on devinait un halo plus grand, celui à 46 degrés. Le ciel s'est mis en quatre pour nous accueillir sur cette pseudo-cîme ! Quel spectacle ! J'étais tellement émerveillé que mes compagnons ont eu droit à une petite leçon d'optique !!

 


 



(1) Oui, mais super comment ? Comme supermarché, c'est-à-dire un lieu où on achète de la pesanteur (car c'est bien de ça qu'il s'agit : le tire-fesse vous fait gagner de l'énergie potentielle de pesanteur comme je dirais à mes étudiants) pour obtenir du plaisir à partir de la glisse que permet la vitesse que vous pourrez atteindre (quand votre énergie potentielle se convertira en énergie cinétique), comme on va au supermarché acheter une boîte de petits pois pour obtenir du plaisir gustatif (à moins que ce soit seulement pour se sustenter ?). Ou bien super comme super, parce qu'une station de ski c'est à la montagne, dans la neige, au Soleil (parfois), donc c'est forcément génial, et tout et tout. Même si ça bousille le paysage. Mais ça, on s'en fout, après tout, c'est super !

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Guillaume 13/03/2006 11:43

Et oui, chere Menthol, comme dans les livres. Sauf que l'on peut aussi voir ca en vrai ! Il suffit de regarder. Ca arrive souvent en fait, que les flocons tombent en etoiles... Mais personne n'y prend garde. Ils sont certes petits, deux-trois millimetres de diametre, mais neanmoins parfaitement visibles !

menthol 12/03/2006 21:40

vraiment superbe !
et moi qui croyait que ça n'existait que dans les livres ou en microscopie !
merci pour ces merveilles !

c_b 11/03/2006 18:51

en te lisant, je m'y voyais presque... à par que moi je la préfère l'été la montagne...et qu'en plus je ne pratique de randos qu' une où deux fois l'an...

civetta 10/03/2006 09:51

j'ai vu les photos, quelles merveilles! moi j'aurai jamais le cran d'entreprendre des trucs pareils (trop le vertige pour un rien), mais je partage et comprends, neanmoins, l'adrenaline et l'emotion... "nel mio piccolo"!

civetta 09/03/2006 13:25

c joli, les tites etoiles!