Pygmalion

Publié le par Guillaume

« Je me culturise ! » comme aurait pu lancer à la cantonade Eliza dans la pièce de George Bernard Shaw. Cécile m'a emmené au théatre hier soir, voir cette pièce, mise en scène par Nicolas Briançon, avec de brillant acteurs, dont le nom ne me dit rien, le milieu du théatre ne m'étant pas particulièrement familier.

Histoire d'un arrogant phonéticien, le professeur Henry Higgins qui fait le pari avec son ami le colonel Pickering de transformer une simple vendeuse de fleurs de la rue, Eliza Doolittle, en une dame de la haute société, simplement en lui faisant travailler et changer son registre de langage et son accent. Eliza se prête au jeu, se retrouve nourrie et logée chez ce professeur quelque peu excentrique, passant ainsi du monde de la rue, à celui de la bourgeoisie. Elle va peu à peu oublier son accent à couper au couteau, se mettre accorder ses verbes comme il se doit, et même employer le subjonctif à bon escient, tout en enrichissant et élevant son registre de vocabulaire, pour finalement « oublier » sa manière de s'exprimer « d'avant »... Des sentiments quelque peu complexes naissent entre le maître et son élève, mais chacun exhibe sa fierté et ne semble vouloir l'admettre, ou tout au moins l'exprimer. En tout cas la pièce nous laisse sur quelques sous-entendus, et peu de certitudes de ce côté-là...

Et ça s'appelle « Pygmalion » parce que ça reprend le mythe du sculpteur chypriote créé par le poète romain Ovide : Pygmalion était un sculpteur solitaire qui s'éprend de la statue de la femme en ivoire qu'il vient de créer, celle-ci étant d'une surprenante réalité. Il s'en va prier la déesse de la beauté et de l'amour, Vénus, qui prend pitié de lui et donne vie à la statue... Pour une fois dans la mythologie tout est bien qui finit bien !

Ce mythe a été repris dans de nombreuses œuvres artistiques, en peinture, en littérature ou plus récemment au cinéma. La pièce de l'irlandais George Bernard Shaw, prix Nobel de littérature en 1925, est la plus moderne et la plus fameuse. Elle fut publiée en 1912 et jouée pour la première fois en 1914. Elle fut l'objet du film de George Cukor, My fair lady, une comédie musicale de 1964, avec Audrey Hepburn, elle-même adaptée d'un spectacle musical de Broadway en 1956. Bref. Le film, je me souviens l'avoir vu, mais c'est a peu près tout. Mon souvenir réside dans l'éprouvante durée de la chose : trois heures de comédie musicale vieillote ! Donc, avant d'aller voir la pièce au théatre, le mythe de Pygmalion ne représentait rien de concret dans mon esprit.

Ce fut donc jeudi soir, Cécile nous invita, moi, deux-tiers de ses sœurs, et sa mère sur demande expresse de celle-ci il y a six mois, à aller voir cette pièce au théatre Comédia. Toujours prêt pour une nouvelle expérience culturelle, je n'ai pas dit non. Parce que mes soirées au théatre se comptent pour le moment sur les doigts d'une main. Aller, sur les doigts des deux mains. Tout au plus. Donc, mon expérience dans le domaine est toute entière à faire. Je ne connais ni les acteurs (sauf certains que l'on voit aussi au cinéma), ni les metteurs en scène, et à peine les pièces, qu'elles soient classiques ou pas. Bref, un vrai béotien. « Pygmalion ». Le titre de la pièce ne m'évoquait à peu près rien. Avant d'y allé j'ai quand même jeté un œil sur les critiques et ce que je trouvais rapidement sur internet. Ça avait l'air d'être une bonne pièce. Une comédie, qui plus est...

Je fus servis au-delà de mes espérances. D'abord nous étions super bien placés. Je n'ai jamais été si bien placé au théatre ! Juste devant la scène, au niveau des acteurs. Royal ! Cécile ne fait pas dans la demi-mesure ! Et puis le théatre Comédia ne date pas de Mathusalem comme tous ces « beaux » mais Ô combien peu comfortables théatres « antiques » dont regorge Paris : on avait la place de poser et de bouger ses jambes devant son siège ! Certes, le théatre reste le théatre : même quand on trouve ses places tout seul, il faut donner la petite pièce à l'ouvreuse qui ne sert pourtant pas à grand-chose, puisque tout est fléché et les sièges numérotés. Tradition, tradition. Et puis l'entr'actes, au milieu, la pause pipi en somme. Pour aller prendre l'air sur le trottoir, il faut d'abord passer le rideau de fumée des fumeurs invétérés. Et puis forcément, les acteurs étant là en chair et en os, il est de bon ton d'applaudir leur prestation. Ce qui n'est pas le cas au cinéma. Au cinéma, les acteurs, ils s'en foutent pas mal des applaudissements, vu qu'ils ne sont pas là. Ici non. Enfin, j'imagine que non. L'applaudimètre leur donne une quantitification immédiate de leur performence, je pense. D'autant que la salle était comble. 950 personnes qui applaudissent de concert.

Un décor somptueux, une mise en scène classique, et des acteurs extraordinaires. Un professeur Higgins à mourir de rire, et une Eliza irrésistible, tout au moins dans la première partie de sa vie, quand elle clame ses desiderata en argot avec une grammaire approximative ! Après, elle se retrouve noyée dans le flot, et se retrouve, de fait plus... quelconque ! Donc des personnages exacerbés campés par des acteurs grandioses, des dialogues d'anthologie (ils ont dû se marrer à traduire ça en français !)... Higgins, inoubliable, vraiment ! Le théatre comme ça, j'aime !

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Guillaume 29/05/2006 15:01

Ma foi, tu as surement raison, je ne suis pas specialiste de la question. Mais si Ovide a vecu a cheval sur la naissance du Christ, (43 avant JC, 17 apres JC), en revanche Clement d'Alexandrie semble etre arrive apres (150, 220)... ?Bien sur, j'ai peche tout ca sur le web (wikipedia), qui peut se tromper, et qui dit aussi que Ovide est (semble etre ? pourrait etre ?) a l'origine du mythe de Pygmalion. Peut-etre n'a-t-il fait que mettre un nom sur une legende qui circulait a l'epoque...Guillaume

Gloriajanelle 29/05/2006 14:38

Hum hum ...
Ce n'est pas Ovide qui a crée Pygmalion. Une des premières mentions littéraires de ce mythe remonte à Clément d'Alexandrie, probablement lui assui inspiré d'une légende populaire ...

civetta 08/05/2006 09:29

ça fait toujours plaisir, les gens qui s'eclatent en allant au theatre!