Balade en Silvretta (1)

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C'est un massif des Alpes Centrales Orientales, sur la frontière entre l'état autrichien de Vorarlberg (le plus à l'ouest du pays) et le canton suisse des Grisons, le plus à l'est. Une ambience haute-montagne, entre neige et Soleil, au paysage minéral décoré de glaciers. Je suis allé découvrir cet eden à l'occasion de l'ultime sortie en montagne du cours de ski alpinisme du CAI.

Vendredi 1er Avril 2005 : Wiesbadener Hütte

Déjà ça m'énerve. Nous avions rendez-vous sur le parking habituel à 7h00 pétantes ce vendredi là. Jour de labeur, s'il en est, il fût chômé pour nous, par la force des choses (encore que la force en question n'eût pas besoin d'être particulièrement violente !). Je passe prendre Bruno qui m'attendait devant chez lui, bardé de son matos, sac à dos, skis, chaussures, piolet... Ça dénote pas mal sur un trottoir citadin, ce genre de rencontre ! Nous arrivons sur le-dit parking avec dix minutes d'avance comme à l'accoutumé. Cette fois, ma voiture restera là. Nous allons trop loin, elle est trop petite, donc pas suffisamment rentable relativement aux coûts d'essence et d'autoroutes. Nous irons donc dans la spacieuse Volvo de Manuele. Qui arrive, justement. Bientôt tout le matériel est transvasé, chargé, la voiture, son conducteur et ses quatre passagers sont prêts à lever le camp. Oui mais. Mais tous les autres sont déjà partis. Tous ? Non, pas tous. Il subsiste un amoncellement bigarré de skis et sacs en bordure du parking. Leurs propriétaires font le pied de grue à côté. Ils attendent leur chauffeur. Qui n'arrive pas. Qui ne répond pas à son portable (mais, alors, à quoi ça sert d'avoir un portable ?). Nous, nous attendons avec, au cas où... Au cas où le bonhomme ne pointe pas son nez. Tout le monde trépigne : mais qu'est-ce qu'il fout ? Où il est ? 7h30. Il arrive. Enfin. Monsieur a eu un (léger) problème d'organisation. Et moi, j'ai les boules, j'aurais pu dormir une demi-heure de plus ! Ce genre de type bordélique, et qui ne préviennent même pas les autres en cas de retard, c'est simple, ça m'énerve. Je sais, je ne suis pas très tolérant. Mais quand même, une demi-heure de retard sans prévenir, je n'aurais même pas oser essayer. M'enfin, je suis en vacances, je pars en montagne, je suis super content, alors on va pas se laisser énerver comme ça, hein ! Bon, nous on y va. On est parti ! Yahouhou !!


Le parking, à Padoue, au petit jour...


De la voiture. Autoroute. Verona, Trento, Bolzano, Innsbruck, Landeck, Bludenz, Partenen. Autoroute presque jusqu'au bout. Le comfort total. Pas moyen d'attraper la gerbe. Je me poste derrière le siège passager, coincé entre la portière et Lara. De l'autre côté, siège Bruno. Devant, outre le conducteur, un instructeur du CAI, pas très rigolo, mais bon, on fait avec. Lara fait la conversation. De temps à autre, une pause s'impose. Nous loupons le rendez-vous à mi-chemin avec les autres. Finalement, vers 13h et des brouettes, nous arrivons à Partenen, un petit patelin autrichien, au fin fond d'une vallée déjà bien verte. Printemps oblige. Visiblement nous sommes les premiers. Normal, on ne s'est presque pas arrêté, en définitive ! N'empêche qu'il fait faim : nous faisons une halte au troquet du coin, et réussissons - personne d'entre nous ne parle allemand - à commander un truc à manger et à boire. D'autres voitures arrivent et se joindre à la fête gustative. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir encore faim en partant, mais c'est une autre histoire. Il faut penser à se préparer.

Une série d'étapes diverses et variées nous attendent pour rejoindre le refuge où nous passerons la nuit. La (ou le ?) Wiesbadener Hütte. D'abord, il s'agit de prendre un téléphérique. Heureusement une des instructrices du CAI est hollandaise et parle allemand (ça parle allemand en Hollande ?), ce qui simplifie les choses. L'avantage d'être en groupe comme ça, et surtout de ne pas être organisateur, est qu'il suffit de se laisser porter. On me dit d'aller là, OK, je vais là. Le problème, ben c'est justement de ne rien pouvoir contrôler. Des fois on me dit de faire ceci ou cela, mais je n'ai aucune envie de faire cela ou ceci. M'enfin. Parfois ça repose quand même. Téléphérique, donc. Une cabine qui n'aurait rien à envier à une boîte de sardines (mais en plus gros). Des sardines avec sac à dos, skis, en chaussures de ski. Heureusement la compression ne dure pas. Ensuite nous changeons de moyen de locomotion, et empruntons une navette (pas spatiale, seulement terrienne, un bus, quoi) qui nous emmène au col. Tout de suite après avoir démarré le bus fonce droit dans la montagne. Le mur ? Non ! Un tunnel. À peine plus large que nous. Le chauffeur s'élance à toute allure là-dedans. L'effet est assez impressionnant ! À l'autre bout, retour à la lumière l'espace d'un instant et de quelques lacets sur la route, puis re-tunnel. Sous un lac artificiel. Délire ! Après quoi, c'est une route de montagne asphaltée qui nous conduit au point de départ. Enfin, le point d'arrivée de la navette, notre point de départ pour la marche qui nous attend jusqu'au refuge.

D'abord, y'a un grand lac. Artificiel. Gelé. Une grande trace rectiligne le traverse de part en part. Comme j'ai déjà mis les peaux, j'y vais comme ça. D'autre iront sans peaux, en pas de patineur. Plus rapide mais Ô combien plus crevant ! De toute façon, tout de suite après le lac, le chemin monte. Pas beaucoup, mais suffisamment pour que les peaux deviennent nécessaire. Nous avons quelques 400 mètres de dénivelés à parcourir. Le chemin est large et dammé, mais long, long, long. Et plat, plat, plat... Ce n'est que sur la fin qu'il daigne se raidir quelque peu pour nous faire prendre un peu de hauteur : car ces dénivellés, y'a rien à faire, faut bien les faire à un moment ou à un autre ! Je coure devant avec Marco. Nous n'avons pas reçu de consignes comme quoi nous devions rester en groupe, alors... Nous courons. Enfin, surtout Marco. Moi je suis. Je ne sais pas pourquoi il va si vite. Il me l'expliquera plus tard. Forcément, à cette allure, nous finissons par arriver. Remarque, le fait d'arriver n'est pas nécessairement corrélé avec le fait d'aller à toute allure. Bon. Nous arrivons. Les premiers du groupe, qui plus est. Ça, c'est bel et bien corrélé au fait que nous sommes allés à toute allure. C'est donc tout transpirant que j'aborde la terrasse du refuge, qui est, à ma grande surprise, pleine de monde. Un monde fou, fou, fou ! Bon. Nous posons les skis, et sans tarder Marco se dirige vers la réception. Il veut aller poser son sac dans la "chambre". En guise de chambre, c'est un dortoir. Trente-six places, par box de six, côte-à-côte, sommier de bois, matelat sommaire, deux couvertures. Et l'ami Marco voulait absolument la place du bout, près de la fenêtre, et surtout près de la cloison. Voilà pourquoi il voulait arriver en tête de peloton ! Minimiser l'interaction avec les voisins pour éventuellement mieux dormir ! Ma foi, y'a de l'idée. Je me prends la place près de l'autre cloison, dans le même box. N'empêche que j'ai les pieds en bouillie : la plante des pieds a eu trop chaud, et ça fait mal. Flûte, j'espère que ça ira quand même pour les randos à venir ! Voilà ce que c'est que de faire l'andouille à courir devant, comme ça...


Sur le chemin qui mène au refuge, avec le Piz Buin en ligne de mire.


Pendant ce temps nos amis arrivent petit à petit. Les derniers arrivés se retrouvent devant une pénurie de "savates", ces ersatz de chaussures/chaussons que l'on utilise dans les refuges - pas question de se déplacer en chaussure de ski ! J'avais dégoté une belle paire de scandales, quand un peu plus tard, un bonhomme me tape sur l'épaule : "Hum, excuse-me, but these sandals are mine...". Je me disais aussi... Bon, reste une paire de chaussons. On fait ce qu'on peut. Ça ira. Bientôt, c'est l'heure du dîner, à savoir 18h45. On dîne avec les poules en refuge, et on se couche tôt, car on se lève tôt. Normal. Repas sympathique. De toute façon ça fait tellement du bien de manger, que je pourrais avaler n'importe quoi, peu importe la finesse des mets que l'on nous apporte, en définitive (qui ne le sont pas très, fins, en fait). Le refuge est immense. Et semble bien plein, malgré le fait que le vrai week-end ne soit pas encore commencé : nous ne sommes que vendredi soir. Doit y avoir pas loin de 200 personnes. Quelqu'un m'a dit que le ski de rando est un sport de masse en Autriche. De fait, j'en ai la preuve sous les yeux ! Après le repas, qui se termine par une crème suspecte, rose, au goût de malabar, les chefs se concertent sur le programme du lendemain. Puis le Grand Chef parle. Réveil 5h00, petit-déj' à 5h30. Départ 5h35. Nous allons tous faire le Piz Buin. Et s'il vous plaît, de la rapidité dans la préparation matutinale, hein ! On va pas y passer deux heures ! Après ces instructions du soir, je m'en vais jeter un œil sur les étoiles, dehors. C'est le grand beau. Orion brille de mille feux au sud, juste au-dessus du glacier. Sirius tient tête au Piz Buin. Superbe. Quand je vois un ciel pareil, je me dis que je fais un beau métier !

Je vais me coucher vers 22h. Avec les poules, donc. Presque. Je prépare le sac à dos pour le lendemain, me lave les dents ; l'unique instrument de toilette que j'ai apporté : ma brosse à dents et mon dentifrice. Puis je me glisse dans mon sac à viande, sous deux couvertures. D'un côté, une cloison, de l'autre un voisin qui, malgré l'extinction des feux, n'est pas encore là. Il arrive bientôt, faut le bordel avec sa frontale, etc, etc... J'attends encore un peu, puis, finalement, je sors ma botte secrète : les boules quiès !

À suivre...

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