Balade en Silvretta (fin)

Publié le par Guillaume

Laborieuse cette histoire, mais pas de panique, je vais en venir à bout. D'ailleurs, voilà, c'est déjà (déjà ?) le troisième et dernier volet !


Premier épisode...

Deuxième épisode...


Dimanche 3 Avril 2005 : Dreiländersptize

Malgré un nom à coucher dehors, la chose culmine quand même à 3212 mètres. Mais nous n'en sommes pas encore là. Où en étions-nous d'ailleurs ? Ah, oui, la soupe. C'est le problème avec ces romans feuilletons, on s'y perd. M'enfin. Samedi soir donc. La soupe. Puis une sorte de bout de viande immonde au milieu de quelques légumes et d'un peu de purée. Curieusement je n'avais pas suffisamment faim pour avaler le bout de carne qui me révulsait. Pourtant d'habitude, je peux avaler n'importe quoi en montagne. Même les boîtes de salade au thon, c'est dire. Là non. Serais-je malade ? Un coup de chaud, peut-être ? Non. Tout bonnement le repas de midi qui n'est pas encore tout à fait digéré, d'autant qu'il était plutôt trois-quatre heure de l'après'm' quand j'ai ingurgité le saussiflard... Pas d'inquiètude donc. Après le dessert je vais dire bonsoir à mes étoiles. C'est toujours le grand grand beau. Marco est aussi dehors mais pour fumer une clope. Rassasié de beautés célestes, je peux retourner à l'intérieur. Rapide briefing du Chef. Au programme du lendemain, le d----pitze... Le quoi ? Le D----pitze ! Mais si, le truc qui est là, de ce côté. Bon, j'vais aller voir sur la carte, au moins je verrais le nom écrit. Sans ça, pas moyen. Voilà, j'y suis : le Dreiländerspitze ! 800 mètres de dénivelés en perspective. Une petite balade. Un digestif. La preuve : le chef nous accorde une demi-heure de sommeil en plus. Réveil à 5h30. Je vais me coucher, bouquine un peu mon polar à la couverture noire sur l'homme aux cercles bleus de Fred Vargas, puis me visse les boules quiès dans les oreilles, et c'est parti jusqu'à 5h30...

5h30. Réveil et saut au pied du lit dans la foulée. Habillage, préparation du sac, les gestes se ressemblent d'un jour sur l'autre. Petit déj'. Je suis prêt. Je n'ai plus qu'à attendre les autres. Le ciel est superbe et baigne les montagnes d'une aube nouvelle. La Lune est là, mince croissant qui regarde distraitement tout ce petit monde s'agiter, comme ça, frénétiquement. J'attends. Je contemple. L'attente aide beaucoup à la contemplation. D'ailleurs, en montagne, plus j'attends, plus je fais des photos. Le processus de contemplation s'accompagnant, parfois, d'une envie d'immortalisation. Les groupes sont les mêmes que la veille, au détail de l'instructeur près : la notre, Anne, est restée plongée sous les couvertures avec la fièvre. Coup de chaud. Ces gens du nord - elle est hollandaise - ne sont pas habitués au Soleil du sud ! C'est donc le directeur de du cours, Franco, qui s'y colle. Nous partons bons derniers. Il nous laisse choisir la trace. Pour la peine nous ne suivons pas le gros de la troupe, mais passons plus à droite. Vers la Lune, toujours suspendue au-dessus des arêtes effilées, là-bas. Je me retrouve assez rapidement devant à faire la trace. Allez savoir pourquoi... ? Marco suit pas très loin. Et curieusement l'Instructeur National de Ski Alpinisme et dAlpinisme du CAI, est loin derrière. Moi qui croyait qu'à ce niveau, fallait avoir un peu la caisse. Ben même pas. Comme quoi...

La Lune veille...


Notre choix d'itinéraire ne fût pas le meilleur. Peu importe, au moins nous étions peinards de notre côté ! Après un jeu de cache-cache valloné, nous traversons un morceau de glacier (mais petit, le glacier : pas de crevasses, un gros névé, en somme), avant d'attaquer une belle pente de neige conique qui mène sous le sommet, sur l'arête. Nous nous arrêtons cinq minutes pour attendre Franco. C'est malin : tout le monde nous passe devant ! Nous ne sommes plus très loin de la brèche où l'on se déleste des skis pour aller au sommet à pieds via l'arête. Et, comme à mon habitude ("Guillaume, dove è il tuo gruppo?" devient une phrase culte !), je pars devant. Une sorte d'attraction gravitationnelle vers le haut. Les lois de la physique sont à revoir. Non, c'est seulement que, de temps à autre, j'aime bien aussi sentir la machine fonctionner avec un régime un peu plus élevé ! J'arrive bientôt. Commence a y avoir pas mal de monde ! Tandis que je chausse tranquillement les crampons, j'entends parler français. Je vais voir. J'engage la conversation. Qui sera rapide, mais bon. Un petit groupe de briançonnais (tiens, le monde est petit, quand même), venu passer quatre jours là où y'a encore un peu de neige (de fait, tout le Monde est là !). Rigolo de trouver des compatriotes dans un endroit pareil. D'ailleurs l'endroit en question ne se prête pas particulièrement à la conversation. Chacun est occupé avec ses crampons, et ses bidules. Enfin, eux surtout, pas très causant, au final. Bon. Je m'en retourne avec mes italiens un peu plus chaleureux. Na.



Belle arête, assez effilée, un peu raide, un peu aérienne. Ne pas trop regarder en bas ou sur les côtés. Quoique je sens que je prends un peu d'assurance avec ce foutu vide. Même si y'a encore du boulot. Antecime. Un pas d'escalade facile mais un peu expo pour parvenir sur le sommet. La croix. Des instructeurs de notre groupe décident de poser une corde fixe. Pendant ce temps les français arrivent, rentrent dans le tas, bousculent tout le monde pour passer. J'ai soudain honte de parler français... Et moi, je peux y aller ? Attends ton instructeur. (Elle m'énerve celle-là, pour qui elle se prend). Bon j'attends Franco. Qui me propose d'y aller. Na. J'y vais. Prussik sur la corde, trois mètres de traversée sur le rocher avec les crampons, puis à nouveau un peu de neige, et finalement, dernière marche de rocher pour atteindre la croix. Sommet escarpé. Je me cramponne à la croix. Pas rassuré, moi (y'a encore du boulot !!). Puis, comme y'a la queue, derrière, ben je laisse le champ libre. Pour ce faire je tourne les talons avec précaution (les crampons, sur le rocher, ça manque parfois d'adhérence), je n'ai pas particulièrement envie de tenter le vol libre (au sens littéral). Mais tout se passe bien, les croisements avec les nouveaux arrivants, et mon retour sur l'arête, finalement d'une largeur autoroutière. D'ailleurs le flot de gens dans un sens et dans l'autre n'a rien à envier à celui d'une autoroute un jour de départ en vacances !


Au passage vers le sommet, quand même, j'ai jeté un œil en bas. Un superbe couloir de neige raide, mais dans mes capacités, tout droit jusqu'en bas, là-bas, sur le glacier. Ça fait envie, des trucs pareils. D'autant qu'il était encore vierge de toute trace... Mais j'ai laissé les skis en bas, comme tout le monde, et puis, de toute façon, en groupe comme ça, ce genre d'acrobaties n'est pas permis. Tant pis. Je redescends avec Marco, vers les skis, justement. Impression de descendre un escalier roulant bondé à contre courant ! Y'a quand même un mec qui montent avec les skis sur le sac. Salaud, il va se payer le couloir... Jaloux, moi ? Pensez-vous... De fait tandis que je me prépare pour la descente en ski, une clameur m'appelle. D'un peu plus loin, il y a une très belle vue sur le fameux couloir. Et le bonhomme en question est en haut, skis aux pieds. Ses potes sont là, avec le téléobjectif. Quand même, faut pas exagérer, ce n'est pas un truc extrême. Et il le descend. Et voilà. Nous aussi, nous finissons par descendre. Marco, Franco et moi. Une belle pente au depart, puis après, c'est fini... Mais là, Franco me dit que je skie comme un pied, que les virages sautés, c'est démodé, et surtout ça ne permet pas de garder parfaitement le contrôle des skis. Ma foi, il a raison, ma technique est loin d'être parfaite, et je suis content de recevoir quelques conseils, finalement. Dommage que ce soit la dernière sortie du cours. Dommage que personne ne m'ait conseillé avant... M'enfin, au moins je sais ce que je dois travailler !

Retour au refuge sous un Soleil de plomb. Casse-croûte vite fait, bien fait. Je recupère deux-trois trucs abandonnés là, et c'est le retour. Descente vers le lac, derniers virages, puis tout schuss sur la route, sous les yeux amusés des piétons (attention à bien les éviter, hein !). Jusqu'au lac. Ben, oui, y'a encore ce foutu lac à traverser. Quelques kilomètres de plat, sous une chaleur étouffante. Pas de patineur. Mortel. Remonter de l'autre côté, à pieds, jusqu'à l'arrêt de la navette. Rebelotte tout le parcours du combattant jusqu'en bas, dans la verte vallée. Car bien verte, la vallée. Quel contraste avec le monde minéral "d'en haut !".

Le Pape est mort pendant que nous étions dans notre monde. Tant mieux, les dents ne lui font plus mal. Tout le monde s'en fout, de toute façon. En voiture on parlera de mes Alpes françaises, de ski extrême, de vol à voile, et d'autres choses que je n'ai pas vraiment écouté. C'est facile de s'isoler d'une conversation, quand elle est en langue étrangère. Trop facile.

Retour à Padoue en fin de journée, à une heure tout à fait décente.

Publié dans montagne

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