This is the End, my only friend, the End

Publié le par Guillaume

Août. Paris déserté, c'est le pied ! Jussieu vide. Quelques brebis égarées errent encore sur le parvis. Jussieu sans les étudiants qui en sont l'âme, c'est encore pire. Visions apocalyptiques. Des travaux partout : barrières, tours démolies de l'intérieur. Désamiantage. Déjà que Jussieu n'est pas folichon en temps « normal », mais alors en août c'est vraiment glauque. Grille levée à l'entrée. Jussieu fermé. Une petite porte ouverte, quand même. Comme pour entrer dans une prison. Une banderole de Paris 6 met un peu de couleur dans ce monde fadasse, souhaite la bienvenue en orange. Bienvenu en enfer ? Début de la fin. La fin de Paris 7 à Jussieu. La fin de Jussieu ? Ou début du début ?

Dès les premiers jours du printemps, je l'avais entr'aperçu, encore niché entre deux dalles de marbre. Il avait bien du mérite de pousser ici, dans ce monde aseptisé, bétonné, ce brin d'herbe. Et puis les jours passant, le Soleil printanier aidant, d'autres ont émergé, discrètement, ici et là, profitant d'une ligne de faiblesse dans le bétonnage omniprésent. Chaque matin, enjambant ces courageuses petites touffes de vert luttant dans cet océan grisâtre, je leur insufflais tous mes encouragements pour croître et grandir. Tout en me disant que leur avenir était compté, que dès le lendemain, peut-être, elles ne seraient plus là, victimes innocentes de quelque produit chimique tout puissant. La nature tentait de reprendre ses droits, petit à petit, doucement mais sûrement. L'homme n'en aurait que pour quelques minutes à anéantir tant de persévérance. Mais non. Il n'en fit rien. Du moins jusqu'à maintenant. J'ai bien peur que la rentrée à venir, septembre, ne soit finalement fatale à cet embryon de vie. C'est ainsi que chaque jour depuis quelques mois, je traverse le parvis avec la joie de constater que le vert progresse sur le gris. Les pavés se soulèvent sous l'effet d'une force incroyable, celle de la vie.

L'herbe gagne du chemin. Mais ce faisant, elle va cesser de passer inaperçue. Quelqu'un finira bien par exterminer cette impertinente qui se permet de déplacer les dalles de marbre. Même les étudiants n'ont jamais osé ce faire. Alors pensez-vous, un ridicule brin d'herbe...

Je me prends à rêver. Rêver de vie et de croissance pour ces petites touffes d'herbe. Si on en laissait le temps, le parvis de Jussieu pourrait bientôt ressembler à une vaste pelouse. Quel plaisir, ce serait de fouler de l'herbe en débarquant au boulot chaque matin. Plutôt que ce marbre inhospitalier, vaste miroir si le Soleil brille, vaste piscine s'il vient à pleuvoir.

Comme quoi, la nature reste forte. Sans la vigilance de l'homme, elle reprend rapidement ses droits. Pour combien de temps encore ?

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