Escalade

Publié le par Guillaume

Je retrouve mes amis de bon matin, ce jeudi 2 juin, férié dans la péninsule. Direction le Pale di San Martino, un des nombreux massifs dolomitiques des Dolomites. Il y a Bruno, Ale, Nicola et moi. Cette fois on prend la voiture de Nicola. Qui conduit comme un taré. Comme un italien, un vrai. Je me retrouve devant. La place du mort. Mais j'ai survécu. J'ai même pas fait pipi dans ma culotte. Je ne me suis même pas cramponné au siège quand il doublait sur la ligne blanche avec des voitures arrivant en face. Non, je suis resté stoïque. Mais ce n'est pas pour vous parler des habitudes de conduites de nos amis italiens, que j'avais entamé cet article. Je reprends, donc. Direction la montagne. On va grimper. Faire une voie.

Bassano. Valsugana. Tunnel. Fiera di Primiero. P'tit déj. Val Canali. Parking. Nous sommes à pieds d'œuvre à 9h30. Nous avons une petite marche d'approche, cinq cents mètres de dénivelés - environ une heure -, pour arriver au-dessus du refuge Treviso, au départ de la voie, sur la Dente del Rifugio, avec sacs à dos, cordes et toute la ferraille : dégaines, friends, coinceurs, plus une belle panoplie de cordelettes et autres anneaux...


Val Canali dans les Pale di San Martino


C'est la deuxième voie ambiance « montagne » que je fais. La première c'était quinze jours auparavant, dans les Piccoli Dolomiti, sur le Baffelan. En fait ça n'a rien à voir avec une escalade en falaise, où le grimpeur suit le chemin tracé par les points d'assurages bien ancré dans le rocher : les spits. En falaise, il n'y plus qu'à mousquetonner, relier la corde au spit. En montagne, il faut d'abord trouver la voie, puis mettre en place des points d'assurage, coinceurs ou friends dans les fissures, anneaux de corde autour des bitards, et de temps en temps, un vieux piton un peu rouillé par le temps et les éléments. En falaise, on grimpe souvent sans casque, sans sac à dos, les voies se font rapidement, sont bien nettoyées et parcourues. En montagne, il faut s'attendre à tout. Et puis ça dure souvent plusieurs heures. Donc sac à dos, avec un minimum de choses dedans. Si le grille-pain est inutile, en revanche une veste, à boire et à manger, le sont, utiles. Le casque est obligatoire car les chutes de pierre sont fréquentes. Le niveau technique des voies que l'on fait comme ça est bien moindre que celui que l'on peut atteindre en falaise. L'ambience est tout autre, beaucoup moins sécuritaire, chaque prise peut vous rester dans les mains sans crier gare. Le vide est aussi en général omniprésent. Sans compter que les points d'assurages font beaucoup moins confiance que les spits : mieux vaut éviter de dévisser ! Tout est affaire de mental, mais le fossé est énorme...

Notre voie est de degré III à IV (D-). Nous faisons deux cordées. Je m'encorde avec Ale. Je ferais la voie en second. C'est donc à lui que reviens de trouver le chemin, de mettre les sécurités, d'organiser les relais. Moi, je l'assure, puis quand vient mon tour de grimper, je n'ai qu'à suivre le chemin tracé par la corde, tout en récupérant le matos laissé ça et là. Pour le moment, ça me va très bien. On verra à grimper en tête plus tard. Techniquement, c'est très facile : des prises comme des poignées de porte (à condition qu'elles ne me restent pas dans les mains). Mais l'ambience fait que je n'en suis pas encore à faire du 6a là-dedans.

Le temps n'est pas terrible, terrible. Un plafond nuageux sectionne les pics rocheux qui nous entourent à mi-hauteur. Nous sommes encore sous le plafond. Pour combien de temps ? S'il se mettait à pleuvoir, la roche deviendrait vite glissante rendant l'escalade beaucoup plus anecdotique et périlleuse. Ale surveille le ciel l'œil inquiet. Je m'efforce de grimper plus vite, et surtout, surtout, de faire les diverses manœuvres au relais plus vite. Pure perte, ces foutus nœuds, ça ne veut pas rentrer : je ne m'en sors pas. Surtout le demi-cabestan pour assurer mon collègue : je dois m'y reprendre à dix fois ! Va falloir que je m'entraîne devant ma télé... Acheter une télé d'abord. Pas demain la veille...

Au départ, sur la première longueur, à cause d'un bête problème de communication entre mon premier de cordée et moi - on ne s'entendait tout simplement pas -, Bruno démarre avec Nicola avant moi. Je pars - enfin - après lui, devant jongler avec la corde de l'autre cordée. Un coup au-dessus, un coup au-dessous, ce qui pose parfois quelques problèmes, surtout pour passer la corde par-dessus le sac que je trimbale sur le dos. Bref, l'un dans l'autre, ça le fait. Après une paire de longueurs et nos deux cordées s'individualisent.

Pour se faire entendre et comprendre entre le premier et le second, il faut hurler. Une belle épreuve pour mon italien hésitant ! Mais mon premier est patient, et répéte inlassablement les infos. Ça n'a pas marché pour la première longueur qui était particulièrement longue. Pas moyen de s'entendre gueuler : je n'avais pas de moyen de faire savoir à Ale que j'étais en bout de corde... C'est pourquoi Bruno est parti relayer l'info à mi-chemin. Pour la dernière longueur, la paroi d'en face nous servait de relais sonore et accessoirement d'ampli. Ça fonctionnait à merveille.

- Guillaume?
- Si!
- Molla tutto!
- Cosa?
- Mol-la Tu-tto!
- Ah! OK!

Je defais le demi-cabestan et libère la corde : Ale est au relais.

- Libera!!
- ...
- ...
- Guillaume?
- Si!
- Quanto corda rimane?
- 20m!
- ...
- ...
- Guillaume?
- Si!
- Quanto corda ancora?
- 10m!

Mais qu'est qu'il fout ? Il est au relais ou pas, en fait ? J'espère, parce que je ne l'assure plus, moi !

- ...
- ...
- Guillaume?
- Si!
- Quanto corda ancora?
- 5m!
- ...
- 2m!
- ...
- Finitaaaa!!!!
- ...
- ...
- ...
- Parti quando vuoi!

Je me dévache, défais le relais, récupère le matos.

- Ale? Partoooo!
- ...
- Ale? Recupera! Partoooooo!
- Vieni!

La corde pendouille toujours devant moi, penaude.

- Ale? Re-cu-pe-ra!

Ça y est, j'ai un peu moins de mou devant moi. J'y vais. Je récupére ici un anneau de corde, là un friend au fond d'une fissure. Puis je comprends pourquoi il avait du mal à tirer sur la corde : elle était coincée dans un bec du rocher, elle y a même laissé quelques poils... J'arrive en vue d'Ale, il est au sommet. Je le rejoins. Une autre cordée y est également, ils ont fait une autre voie sur le même éperon.

Nous attendons que nos amis arrivent. Nicola souffle un peu. Nous entamons la descente qui se fait par un chemin escarpé, qui passe au pied d'un immense gendarme en forme de champignon. Ale a bien envie de grimper dessus, une petite longueur, moi aussi. Mais le temps menaçant nous en dissuade. S'ensuivent deux rappels. Comme ça fait une éternité que je n'ai pas fait de rappel, Ale m'explique en détails la manip. C'est pas compliqué, je maîtrise bientôt la chose. Ale s'élance en premier. Puis vient mon tour. Le rappel, c'est vraiment un truc rigolo ! Glisser le long d'une paroi, comme ça, le long de la corde, quel pied !

Une fois en bas, nous attendons un peu nos compagnons. Le plafond descend de plus en plus. Il pleuviotte. Nous décidons de commencer à descendre, de passer récupérer les sacs laissés au pied de la paroi. Nous attendons au refuge Treviso, encore fermé, et en travaux. Finalement, après s'être perdus et avoir joués aux bûcherons, Bruno et Nicola nous rejoignent. La descente jusqu'à la voiture se fait rapidement. Il ne pleut toujours pas, en définitive.


La Dente del Rifugio. Nous avons fait la voie qui grimpe le long de l'arête, à gauche...


Petite pause au Cant del Gal pour boire un coup. Radler, pour moi aussi. Je veux faire comme les grands. Ben heureusement que je devais pas conduire, ce breuvage a eu pour effet de catalyser mon sommeil en retard. Je n'ai pas beaucoup participé à la conversation dans la voiture au retour...

Publié dans montagne

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Dolce 05/06/2005 12:20

Bien du courage... très beau panorama. Du fond de mon appart rémois, je t'envie :)