Spécialités de la région Veneto

Publié le par Guillaume

Les cachi (prononcer caki ; un caco, des cachi)

Un fruit de fin d'automne que j'ai découvert en deux étapes. Ma mère en connaissait l'existence - il y en a en France ! -, et quand elle en a vu au supermarché, en novembre dernier, elle a voulu essayer. À l'époque je ne savait même pas qu'un tel fruit existait, je n'y avais jamais prêté attention, mettant inconsciemment cette chose inconnue dans le registre des fruits exotiques, et donc à ne surtout pas acheter dans un supermarché sous ces latitudes sous peine de grave déception. Exotique, tu parles : c'est un fruit polaire, oui !! Nous en avons donc acheté quelques-uns, qui nous paraissaient à point. Quelle ne fut pas notre déconfiture ! Le premier effet est plutot sympa, c'est bon, c'est sucré, un peu gluant. Mais alors le deuxième effet ! Il subsiste en effet dans la bouche un goût d'une apreté très très désagréable, un peu comme si on avait avalé une cuillère de plâtre (quoique je n'ai jamais mangé de plâtre, mais j'imagine que c'est un peu comme bouffer un caco pas mûr !) ; les italiens ont un verbe pour décrire ce goût laissé par le caco dans la bouche : allappare (« Questo caco allappa la lingua »...). Une seule solution, courir se rincer la bouche. Bref, l'expérience fut guère concluante, peu satisfaisante, en définitive. Si ce n'est que je concluais à part moi qu'il n'y a rien de meilleur qu'une bonne pomme.

Entre temps je découvrais les arbres à cachi. Les cachi ressemblent à de grosses tomates oranges, et ornent certains arbres par ici, tels des boules de Noël. Lorsque ces arbres ont perdu leurs feuilles, restent les fruits, grosses lanternes oranges, qui pandouillent par dizaines, sur des branches qui semblent mortes... C'est l'automne.


Cachi...


Peu après, une amie, Francesca, qui me donnait quelques cours d'italiens et de culture locale sous forme de discussions, m'a parlé des cachi dont c'était alors la pleine saison. Je lui ai donc parlé de ma mésaventure cachiesque. Et c'est là que l'autochtone révèle toute sa puissance. Car le caco est un fruit qui se mange non pas mûr, mais archi-mûr ! Et alors, Ô miracle, le goût infâme disparaît comme par enchantement ! Elle m'en avait apporté une poignée - le jardin de ses parents en regorge - pour que je réessaye. Ils n'étaient pas encore assez mûrs quand elle me les a donné. Pourtant, il me semblait que la moindre pression les transformerait déjà en purée de cachi. Non, il faudrait attendre quelques jours. Et s'ils se flétrissent un peu, c'est encore mieux. À la bonne heure, je ramenai le trésor à la maison, le trimbalant avec d'infinies précautions pour éviter de le transformer en purée prématurément.

Mes quatre cachi ont trôné pendant une semaine sur une assiette dans mon appart. J'hésitais, j'hésitais, ayant encore le souvenir de la première impression sur les papilles... Et un matin j'ai décidé de retenter l'expérience. J'ai enlevé la peau, et dégusté la chair orange, vaguement translucide, gluante qui se trouve dessous. Et... c'est vachement bon. Je m'attendais à avoir la bouche pâteuse. Il n'en fût rien. Mon caco était donc mûr !

Bon, ca ne vaut quand même pas une bonne pomme, mais en bon frugivore que je suis, je suis tout content d'avoir découvert de quoi varier quelque peu l'ordinaire...

La moutarde de poire

C'est Francesca, encore qui m'a parlé de cette chose, à l'automne dernier. Ça ressemble à de la confiture de poire, mais ça pique. Comme de la moutarde. Ça peut aussi monter au nez, comme de la moutarde. D'ailleurs la recette est à base de moutarde. On déguste ce truc avec du grana. Le grana, c'est un fromage local, dur, très dur, et au goût très prononcé, très fort. C'est un des éléments de base de la cuisine italienne. Comment imaginer un plat de pâtes sans grana ? Pourtant, c'est bel et bien ce que j'ai fait jusqu'à maintenant : des pâtes sans grana. Au début je les recouvrais de vulgaire gruyère. De l'emmental, français, qui plus est. La honte ! (mais je le faisais en douce, eh, eh, eh !) Puis j'ai essayé l'asiago, un fromage local qui ressemble au gruyère, et suis ainsi passé adepte de l'asiago, abandonnant le gruyère. Les goûts et les couleurs, c'est parfois curieux. De ce fait, le grana ne me faisait pas particulièrement envie. Il s'apparente en effet au parmesan, et moi, l'odeur du parmesan fondant sur les pâtes, ben ça ne m'a jamais donné envie d'y goûter. C'est bête, mais c'est comme ça. Et puis quand même, je me suis dit que je devais passer à côté de quelquechose à refuser de manger du grana. Ça ne pouvait pas être si dégueulasse, puisque tous les italiens adorent ça. J'ai donc pris mon courage à deux mains, et je me suis offert un (petit) morceau de grana. Depuis j'ai troqué l'asiago contre le grana pour agrémenter mes pâtes : j'adore.

Et puis j'ai fini par me décider à essayer la moutarde de poire que m'avait donné Francesca. Faire des petits cubes de grana, trempouiller les-dit petit cubes (jamais bien cubiques, en fait, le grana ayant tendance à être stratifié) dans la confiote moutardisée, et ingurgiter le tout. C'est surprenant et délicieux. Mélange sucré-salé... piquant !

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le_plume 29/07/2005 11:48

si mettre du gruyère rapé sur les pâtes est effectivement une abomination, le parmesan me semble tout à fait admissible pour peu qu'il soit fraîchement rapé. La chose poudreuse qu'on achète en sachets plastique peut à la rigueur servir d'anti-dérapant pour bolognaise en boite, mais ça s'arrête là.
Et puisqu'il fait chaud, mets donc au frigo quelques bouteilles de Prosecco, une sorte de crémant assez doux et particulièrement agréable en été.

Florent Machabert 11/06/2005 22:59

Bonjour !
Je suis émerveillé par un blog que j'ai désormais envie de lire tous les jours. Surtout pour une raison : l'Italie (et l'astronomie).
Je suis moi même d'origine italienne, et j'essaie de retourner le plus souvent nella mia seconda patria !
D'ailleurs je m'efforce d'aller bosser en Italie, donc stage de commercial à Milan, Gênes, Naples, Trévise, Florence cet été.
Et puis, même si à ce jour je suis en école de commerce à Lille, j'ai fait une sup/spé car mon rêve d'enfant était de devenir astrophysicien. La passion ne m'a pas quitté, je suis équipé, j'essaie de braquer autant que possible, mais j'ai préféré quitter la grande majorité d'esprits obtus du milieu ingénieur et poursuivre un autre destin, en tentant de me mettre au service (politique) de la France, belle et noble chose, qui m'attire.
Par vrai goût pour les gens.
A bientôt Guillaume !