Babel

Publié le par Guillaume

Si je vous en parle, c'est bel et bien que je suis allé le voir, le dernier film de Alejandro González Iñárritu, ce fameux réalisateur au nom impossible à se rappeler. Son précédent film ? 21 Grams, que j'avais vu un été, en Italie, au ciné en plein air, sous-titré en italien, donc. Je me souviens que je l'avais trouvé original, et que j'avais beaucoup aimé, mais deux ans plus tard, pas moyen de me souvenir du sujet. Le film n'avait donc pas imprimé ma cervelle durablement, probablement à cause des dialogues, qui ont du m'échapper quelque peu à l'époque. Mais revenons-en à nos moutons : Babel. De bonnes critiques, le prix du meilleur réalisateur à Cannes en 2006, je suis donc allé voir par moi-même. J'avais malgré tout un peu peur : le film dure 2h20, et du haut de ma petite expérience, en général, ça ne signifie qu'une chose, qu'il y a une bonne demi-heure en trop. En d'autres termes, que l'on s'ennuie. Mais là, non. Je me suis retrouvé pris dans ces histoires imbriquées, je suis resté subjugué par les images qui défilaient devant mes yeux. Je n'ai pas vu le temps passer. En tout cas, il ne fut pas perdu !

Si vous ne l'avez pas vu, arrêtez de lire ces lignes, et allez-y. Revenez après.


Trois continents, quatre pays, comment une histoire somme toute banale se transforme en incident diplomatique qui affecte pas mal de monde, finalement. Un paysan marocain achète un fusil à son plus proche voisin, le donne à ses fils qui gardent les chèvres, et qui ont un peu tendance à confondre les rochers pour s'amuser et les cars de touristes.

Subitement, dans un car, en voyage au Maroc, une touriste américaine se prend une balle dans la clavicule. Son mari, un Brad Pitt bouillonnant, tente tout pour limiter l'hémorragie, et la conduire à l'hôpital, chemin semé d'embûches quand on est en pleine cambrousse marocaine.

En Californie, une nounou décide d'emmener les deux jeunes enfants dont elle a la garde au Mexique, au mariage de son fils, les parents étant retenus ailleurs...

Au Japon, une jeune sourde-muette joue au volley, sort avec ses copines, et se demande pourquoi les garçons ne veulent pas d'elle.

Incident diplômatique. Les États-Unis pensent à une attaque terroriste contre l'une de leur concitoyenne. Le Maroc n'y croit pas, et traque le ou les auteurs du forfait. Mais tout ce ramdam retarde la venue de l'hélico chargé d'évacuer la blessée. Hélico qui finit par arriver, au beau milieu d'un village dont la plupart des habitants n'en avaient probablement jamais vus. Eux quand ils sont malades ou blessés, ils se démerdent tous seuls, sans hélicos. Mais n'est pas américain qui veut, même au Maroc. Le comportement des autres touristes du car est assez révélateur de cette société soi-disant moderne ou finalement chacun n'en a que pour lui-même. Le seul véritable être humain dans l'histoire, c'est ce guide marocain qui recueille le couple dans son village. Bref. Les médias s'emparent de l'histoire, du coup on cherche les terroristes coupables avant même que la pauvre femme ne soit hors de danger...

Ce retour de mariage au Mexique qui tourne au vinaigre. Mais tout est bien qui finit (presque) bien, tout au moins pour nos américains. Les mexicains, tout le monde s'en fout.

Cette famille de paysans marocains, à l'origine de tout le barouf, qui vit dans le désert, dans les montagnes, loin de tout, avec pour seul bien un troupeau de chèvres qu'il faut bien protéger des chacals qui rodent. D'où le fusil. Pour tirer sur les chacals, pas sur les cars de touristes. Mais quand on met un fusil entre les mains d'un gamin... On ne sait pas ce qu'il advient d'eux quand la police marocaine leur met le grappin dessus. Autoritaires autorités qui tiennent à faire bonne figure vis-à-vis des américains. Le reste importe peu.

Reste les tribulations de cette ado japonaise sourde-muette qui se trouve complexée parce que les garçons la fuient à cause de son handicap (ce qu'elle croit). Cette partie du cadre n'a a priori pas grand chose à voir avec le reste...

L'interprétation de tout ça par Civetta en terme d'effet papillon, de théorie du chaos, ne me convainc pas. Je ne vois pas quel est le rapport entre l'adolescente sourde-muette japonaise et le coup de feu au Maroc. Pour moi, ces deux histoires sont sans lien de cause à effet. Certes le père de celle-ci a possédé le fusil fautif, qu'il a offert a son ami marocain pour le remercier un certain temps auparavant. Je ne vois pas de lien entre ce fusil et la jeune fille, sauf peut-être la rencontre avec ce policier, dont on ne sait cependant ce qu'il advient. Restent les conséquences de ce coup de feu, vaguement chaotiques, mais le contraire eut été étonnant. On est quand même loin du « petites causes, grands effets » propres à l'effet papillon. Là, ce serait plutôt « grande cause, grands effets », ce qui n'a rien d'extraordinaire, en définitive !

En revanche l'image de la Tour de Babel suggérée par le titre me semble plus juste : des peuples différents, marocains, américains, mexicains, interagissent mais ne se comprennent pas, la plupart du temps. D'ailleurs, ce sont souvent les américains qui ne comprennent rien à rien : le gouvernement ne comprend pas qu'une touriste puisse se faire tirer dessus au Maroc sans qu'une affreuse bande de terroristes ne soit derrière le forfait ; la police sur la frontière mexicaine ne comprend pas qu'on puisse rentrer d'un mariage sans être des illégaux. Les marocains, dans leur grande sagesse, semblent comprendre les américains un peu. Même si leur comportement les plonge parfois dans une grande perplexité. Au milieu de ce chaos (dans ce cas, je suis d'accord pour parler de chaos) de civilisations, un évènement survient, et quelques individus parviennent à communiquer : le couple d'américains avec le guide marocain et sa famille. Même si l'interaction est intéressée (sauver ma femme), et de courte durée. La séquence japonaise me semble un peu à l'écart, car ce peuple, dans le film, n'interagit qu'avec lui-même, sans forcément se comprendre pour autant...

Publié dans cinéma

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civetta 24/11/2006 17:01

mais si , et c'est meme le sujet du film: SI l'adolescente japonaise n'avait pas tué sa mère accidentellement avec LE fusil de chasse dont son père se debarrasse en l'offrant à un Marocain, toute la suite n'arriverait pas...Et d'ailleurs c'est Innaritu lui-meme qui a fait de la theorie du chaos le sujet de son film.

Guillaume 24/11/2006 17:16

Ah ben je n'ai pas du tout compris ca : pour moi la mere de l'adolescente s'est tire une balle dans la tete, et a ete decouverte par sa fille. Je ne vois pas de rapport avec le fusil, justement. Quel interet de se debarasser de ce fusil au Maroc, puisque en ayant blesse quelqu'un au Maroc, on sait que le japonais en fut l'ancien proprietaire ? Enfin, tu as surement raison, ca donne peut-etre un peu plus de consistence au scenario. J'ai completement loupe ca. Va falloir que je retourne le voir !!