Shortbus

Publié le par Guillaume

Shortbus, de l'américain John Cameron Mitchell, est un film original qui a l'idée incongrue de passer dans mon cinéma préféré. Je suis allé le voir, et si je savais vaguement quel en était le sujet, la première surprise vint du fait que j'eu droit à une capote en cadeau avec mon billet d'entrée, la deuxième surgit sous la forme d'une annonce en début de séance, comme quoi un sexologue avait été invité pour débattre en fin de projection. Je commençais sérieusement à me demander où j'avais mis les pieds. Mais pourquoi pas, après tout les occasions sont rares de parler de sexualité, le sujet reste bien tabou dans nos sociétés, même si ça s'arrange petit à petit. On n'efface pas deux millénaires de christianisme puritain d'un revers de la main. La troisième surprise fut le film lui-même. Ou plutôt le début du film, où les images relèvent quasiment de la pornographie. Avec malgré tout un côté artistique qu'une fois la surprise passée, on peut finalement apprécier ! Ce sont néanmoins des images que l'on a pas l'habitude de voir dans le cinéma « classique ». Le sexe, quelque soit le forme qu'il revêt, peut aussi être un prétexte artistique. L'éjaculation relèverait ainsi de l'art, à l'instar de l'expressionnisme abstrait de Jackson Pollock !

Ça commence donc sur les chapeaux de roue, puis ça se calme. Un peu. Pour rentrer dans l'histoire. Les histoires. Celle de Sofia, sexologue frigide en quête de l'orgasme, celle de Jamie et James, les homos, James est suicidaire et fait tout pour le cacher à son ami en lui dégotant un nouveau petit copain, celle de Séverin, dominatrice au style gothic, mais avec quelques troubles identitaires... Tout ce beau monde se retrouve au Shortbus, un établissement où tout un chacun, homos, hétéros, peut venir discuter de tout et de rien, se raconter, draguer, se rencontrer, et... baiser ! Et comme l'explique le propriétaire du lieu à une nouvelle recrue, montrant d'un geste ample de la main une salle où les corps s'emmêlent, « c'est comme dans les années soixantes, mais avec l'espoir en moins... »

Le tout est montré sous un côté décalé : on ne rit pas à gorge déployée, mais les situations sont souvent cocassent et le pathétisme des personnages fait que l'on a tendance à rire jaune. De fait l'atmosphère qui se dégage de ce film, est une atmophère un brin tristoune, comme si la sexualité était une contrainte de l'existence plutôt qu'un de ses principal plaisirs. Je ne sais pas si cela reflète un mal-être des temps modernes, mais j'ai le sentiment, sans pour autant l'avoir vécu, que la sexualité des années soixante, par exemple, était plus débridée, plus joyeuse. Il est probable que les années sida y soient pour quelquechose. Le manque de communication, aussi. On baise, mais on ne se parle plus, on ne communique plus. Dans le film, qui se passe à New York, la grande panne d'électricité est le prétexte pour remettre un peu de convivialité et de gaieté dans les rapports humains, et en particulier dans leur sexualité. Et oui, dans les années soixantes, certes le sida n'avait pas encore été inventé, mais internet n'existait pas et la télé restait marginale. On se parlait encore... Et on baisait dans la bonne humeur ?

Évidemment, Mitchell n'évoque le sexe que par certains des problèmes qu'il génère, au final. Il est donc normal, quelquepart, que l'ambiance générale soit quelque peu morose. Problèmes dont le sexologue intervenant en fin de projection a confirmé la réalité. En particulier l'anorgasmie, qui est une des principales causes de consultation d'un sexologue par les femmes. D'ailleurs il semblerait d'apres certains sondages que près de trois-quart des français, femmes ou hommes, ne seraient pas pleinement satisfaits de leur sexualité. Et la plupart des troubles sexuels sont d'origine psychologiques. Ceci étant, la sexualité, ce n'est pas inné, ça s'apprend, en particulier avec un travail sur soi-même. Peut-être est-ce le décalage provoqué par un certain « standard » véhiculé par les media de toute sorte, qui créer une atmosphère d'insatisfaction croissante. De fait, la sexualité représente une grande part de notre vie, finalement, alors autant essayer de la réussir au mieux ?

Un film qui brise des tabous, qui met le sexe au rang d'œuvre d'art, pourquoi pas ? Il est peut-être temps de sortir de notre coquille... Parlons-en !

Publié dans cinéma

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Commenter cet article

Peg 12/12/2006 12:12

Enfin ça parle de cul ici.......
Faut aller faire un tour en Angleterre ou aux Etats Unis pour briser les tabous!!!
ton article est très bien, tout à fait ce que je pense de la sexualité dans notre société actuelle.

Guillaume 13/12/2006 18:04

Ceci etant, le film, Shortbus, est un film americain et se deroule a New York... Il doit refleter, au moins en partie, la sexualite telle qu'elle existe aux Etats-Unis !