Holy Lola

Publié le par Guillaume

Ce soir je devais aller faire un tour à Décathlon avec Dani pour acheter des fringues pour le trek. Mais elle ne pouvait pas venir, moi je suis (j'étais) énervé à cause de ces histoires de papiers, pas envie d'aller me fourrer dans un magasin. Courir ? Même pas. Pour la peine je suis allé au ciné, me décidant vingt minutes avant la séance. Le choix est vite fait : la quasi-totalité des cinés de Padoue est fermée pour l'été. Je suis donc allé voir « la piccola Lola ». Je me demandais ce que pouvais bien être ce film, mais une rapide recherche sur net, je me suis rendu compte qu'il s'agit du film-docu de Tavernier sur l'adoption, « Holy Lola ». J'en avais entendu parlé il y a quelques temps lors de sa sortie en France. Donc je suis allé voir ce qu'il en retournait...

L'histoire d'un couple stérile, qui cherche à adopter un enfant, et se retrouve au Cambodge pour ce faire. C'est une fiction, mais ça fait quand même très documentaire, et de fait, je l'ai plutôt pris comme tel. Mais excellent documentaire. En deux heures et des brouettes, on ne s'ennuie pas une minute à suivre les périgrinations de ce couple d'abord en quête d'un enfant à récupérer, puis en quête de paperasses pour le faire sortir du pays... Les deux acteurs, Jacques Gamblin et Isabelle Carré sont tous deux sublimes.

La première partie, c'est donc la recherche d'un enfant à adopter. Avec ses hauts et ses bas. Ses bas, surtout. Ses espoirs et ses désillusions. Ses désillusions, surtout. J'étais un peu mal à l'aise à voir tout ça. De quel droit nous, occidentaux, nous permettons-nous d'aller en quête d'enfants dans ce pays ? Impression d'un immense supermarché où les couples arrivent, choisissent, prennent et s'en retournent. Le droit du riche sur le pauvre. Le pouvoir du papier vert. Bien entendu, c'est un peu plus compliqué, mais dans le fond, c'est l'impression que j'ai retenu. Car ils ne sont pas tous seuls, nos amis. C'est toute une ribambelle de couples, qui se retrouvent là-bas, en même temps, dans les mêmes galères, pour les mêmes raisons, comme dans un supermarché. Et que je te raconte mes (més)aventures, mes trucs, mes tuyaux, etc. Et ça déprime dans les coins, quand le lot de mésaventures et désillusions dépasse la dose prescrite.

Et puis, alors que plus personne n'y croit, poum !, coup de bol, un enfant attend une famille. Là le sourire revient, on se sent tout de suite plus fort. Et va y en avoir besoin de forces, parce que c'est pas terminé, loin s'en faut ! Commence la longue et difficile quête des signatures, papiers en tout genre, justificatifs divers et variés. Je suis d'un ridicule, moi, avec mon certificato di residenza. Et ça gueule dans les couloirs, ça distribue les biftons verts à tour de bras, et, finalement, l'un dans l'autre, ça finit par parvenir à ses fins. Mais trois heures avant le décollage nos amis n'avaient toujours pas leur visa de retour. Sueurs froides. Au Cambodge, ça pourrait rafraîchir, mais ça n'avait pas l'air. Bref, tout finit bien. Flûte ! je vous ai raconté la fin ! Bah, vous l'avez déjà vu depuis des lustres, vous... Et puis même, la fin importe peu... Parce que cette deuxième partie, elle aussi lumineuse que la première était plutôt sombre. Tout le monde retrouve le sourire, la petite Lola fait des risettes, bref, tout baigne. Surtout, ça fait moins l'occidental riche qui vient prendre son dû chez le pauvre. Normal, il l'a déjà obtenu, son dû, à ce stade.

Bref, un film à voir, certainement. Un film à la Tavernier, dans la même veine que « L627 », film-docu sur la police qui m'avait beaucoup marqué. Je ne sais pas vous, mais ça ne m'a pas donné envie d'adopter. De toute façon on n'adopte pas tout seul, alors, la question ne se pose pas dans l'immédiat. Même si cette Lola, quand même, elle est bien mignonne... On aurait presque envie de la prendre dans ses bras ! Mais je pourrais jamais surmonter l'étape du supermarché, je crois. Les paperasses, peut-être (et encore !), mais le supermarché, non...

Mon analyse est peut-être un peu cynique. Facile à dire, moi je, moi je, quand le problème ne se pose pas. Pas encore, en tout cas. Mais c'est ma réaction à chaud, comme ça. C'est probablement vrai que ces enfants adoptés par des familles occidentales auront des vies infiniments meilleures que s'ils étaient restés au Cambodge. Mais n'empêche, ça m'a fait vraiment bizarre de voir tout ça...

Publié dans cinéma

Commenter cet article