Invisible

Publié le par se balade

C'est Menthol qui lance le défi : se rendre invisible par les mots... Sans refaire H.G. Wells, hein !!


Statue

C'est pas bien dur, en fait : invisible, je le suis en permanence. A fortiori pour deux jours. Parfaitement. Et pourtant je n'ai pris aucune potion. Inutile. J'existe, mais je suis invisible. Disons que je suis invisible aux yeux des autres. Moi, je me vois, je sais que je suis là, que j'existe. En fait il me suffit de croiser quelqu'un dans la rue pour savoir que je suis invisible : personne ne me remarque. La foule bigarrée glisse autour de moi comme si je n'étais pas là. Pourtant, moi je la vois cette foule, je remarque ce type qui flotte dans son costard tout noir, rectiligne comme sa cravate qui lui pendouille devant le menton. Rasé de près, souliers vernis, il va au bureau. Ou il en revient. Il y a ce couple qui se tient par la main. Ils ne vont pas ensemble, mais le savent-ils ? Et puis suis-je vraiment bien placé pour savoir ça, moi ? En fait ce sont surtout les femmes que je remarque. Allez savoir pourquoi. Il y celle avec son pantalon coupé droit, tout noir, son chemisier, tout noir. Et pour décorer le tout, une belle ceinture rose bonbon, avec les escarpins assortis... Une papillote. Ce n'est pas la saison. Elle n'est pas invisible, celle-là, loin s'en faut. Là, tient, la blonde avec ses grosses lunettes de Maya l'abeille et son fût tout blanc-transparent. Une sacré mode ce blanc-transparent. Ça attrape le regard. Qui s'attarde : culotte, pas culotte ? String, pas string ? Ou encore cette brunette, en jeans-t-shirt, toute mignonne avec ses petits seins qui pointent fièrement sous sa légère tenue estivale... J'aime bien l'été, au moins je vois du monde. Parce que l'hiver, à part quelques pigeons téméraires... Mais été ou hiver, moi, au milieu de tout ce peuple, moi, personne ne me regarde. Il y a bien ces deux-là, assis pas très loin de moi, mais occupés qu'ils sont à se bécotter, le reste du monde peut bien s'écrouler... Alors un vieux croulant comme moi, pensez-vous. Je suis tellement pas là, que certains viennent s'appuyer contre moi, pour contre-balancer une gravité devenue trop pesante, comme si j'étais une vulgaire façade. Et ça papote, ça papote. Moi, je suis là, mais je ne suis pas là. Je ne sers à rien. Même pas à faire beau dans le paysage, puisque on ne me voit pas. Quoique... parfois, un photographe s'arrête. Il me regarde. IL ME REGARDE ! Ne serais-je pas vraiment invisible, alors ? Mais me voit-il ? Peut-être regarde-t-il seulement dans ma direction. Il regarde ma direction, pas moi. Pas vraiment. Quoique... Les photographes n'ont pas le même regard que les autres, ils voient souvent des choses que les autres ne voient pas. Tiens, il bouge. Un pas en arrière. Un pas sur le côté. Il se penche. Il s'agenouille. Ça il zieute dans son appareil. Que voit-il ? Je dirais moi, s'il pouvait me voir. Peut-il ? Une attente interminable s'ensuit. Réglages. Il fait les choses dans les régles de l'art. Serais-je sur la surface sensible de la pellicule ? La preuve de mon existance, enfin ! Auquel cas je pourrais revendiquer ma visibilité. Attendre, encore un peu...

Publié dans histoires

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claire 28/07/2005 21:29

tu as dû partir en haut de très hauts sommets. Profites en bien et ramène nous plein de rêves.
bisous

Guillaume 18/07/2005 19:12


Fiction ou realite ? Ma foi, l'appreciation est laissee au lecteur... Un peu des deux, probablement...

menthol 18/07/2005 15:12

bon été l'astronome !
alors fiction ou réalité?
moi, je suis en train d'écrire le mien, mais plutot version fiction. le pouvoir de l'invisibilité, ce n'est pas l'homme invisible, alors à ton écran bientot, je suis en train de m'y mettre...
merci pour ton récit, à bientot...