Un bout de moi

Publié le par Guillaume

Dans la quête éperdue (mais pas perdue) pour me découvrir moi-même, je remercie Civetta, qui grâce à son article sur un entretien entre le chanteur Jean-Louis Murat et l'écrivain Christine Angot dans Télérama, m'a permit de découvrir cette dernière. J'adore Murat-chanteur depuis Dolorès, album qui me l'a fait découvrir. Son nom est suffisamment attractif pour que je me penche sur un entretien avec lui dans Télérama. J'aime peut-être un peu moins le Murat-tendresse-féroce, mais c'est surtout sur les propos de l'écrivain qu'il a en face de lui, que je voudrais m'arrêter un instant. Et surtout deux passages qui m'ont marqués.

« Pour être fort, pour avoir le courage d'être soi-même, il faut être passé par un temps très long où l'on patauge, où l'on ne comprend rien. L'angoisse, c'est de ne pas comprendre, donc de ne pas écrire. ». Impression que l'on m'explique avec des mots ce que je ressens tout au fond de moi. Envie d'écrire pour comprendre. Me comprendre. Comprendre qui je suis pour avoir le courage d'être moi-même. Et justement, je crois que depuis peu, je commence à pouvoir sortir la tête de la mare pour attraper au passage quelques goulées d'air. Je commence à y voir plus clair. Je respire un peu. Je patauge moins... De là à être fort ou à avoir le courage d'être moi-même, loin s'en faut. Mais probablement plus fort, plus moi-même, en tout cas. C'est en bonne voie !

« Quand on fait ce qu'on aime, je crois qu'on ne peut aimer personne. Parce qu'il faut faire un effort pour tourner la tête et regarder ailleurs. D'où la solitude dans laquelle vous vous trouvez et qui vous fait passer pour quelqu'un d'égoïste, de cruel... Alors que c'est exactement le contraire, ce sont les autres qui vous abandonnent. » Là, encore, des mots sur un ressentiment. Moi qui ait toujours considéré mes diverses passions, et surtout celle qui fût la plus dévorante jusque là, l'astronomie, presque comme une bénédiction. Contrairement à beaucoup de monde, j'ai toujours plus ou moins su ce que je voulais faire, et j'ai toujours suivi la ligne qui m'a finalement amenée vers mon but. Je ne regrette rien, même si depuis quelques temps, je me demande si ce fut vraiment une bénédiction. Bénédiction dans un sens, malédiction dans l'autre. Bénédiction en terme d'enrichissement personnel (les études, et l'astronomie en particulier m'ont permit de faire la girouette. Or faire la girouette, ça fait découvrir mille et une choses), malédiction pour mes rapports avec les autres (faire la girouette ça ne pardonne pas avec les rapports humains, qui ont besoin de liens forts et solides ; a fortiori avec l'amour) ? D'autant qu'en terme de passion, l'astronomie n'est pas unique, mais si elle est le « moteur ». Il y la montagne, aussi. La deuxième s'est toujours accomodée de la première. Ceci étant elles ne sont pas exclusives. Au milieu de tout ça, il y a la lecture (lire et acheter des bouquins), la photo (prendre des photos, les montrer, plus que visiter des expos. Quoique...), le cinéma (y aller, parce que le faire, c'est une autre paire de manches !), la musique (l'écouter, parce que la faire, malheureusement, je ne suis pas assez patient pour y parvenir. Quoique...), etc. Choses, somme toute, relativement banales. Mais alors comment réconcilier astronomie, montagne et amour ? Astronomie et montagne, j'y parviens très bien, surtout depuis quelques mois. Comme quoi, après six ans et demi dans le giron des étoiles, fallait pas désespérer. Je patauge moins. Mais je ne respire encore qu'une fois de temps à autre, au petit bonheur des vagues qui me submergent, ou pas. L'édifice reste bancal, la troisième roue du carrosse fait défaut. Je ne désespère sûrement pas de parvenir à (sur)nager un jour. Bientôt. À condition que madame Angot se trompe, et que l'on puisse aimer quelqu'un tout en faisant ce que l'on aime. En tout cas, j'en suis intimement persuadé. La passion ne pourrait-elle pas être au contraire, le creuset de l'amour ?

Publié dans grandes questions

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merens 10/01/2006 13:36

Je lis avec retard ce "un bout de toi", ce matin (je sais, je devrais travailler, mais bon.. passons) c'est vrai que quand on aime, il faut faire un effort pour tourner la tete et regarder ailleurs.. je le vis tous les jours depuis des années. Mais cela n'est vrai que si l'ailleurs est moins aimé.. car si l'ailleurs est aussi bon, déroutant, enivrant que la 1ère passion... ça n'est plus très dur de tourner la tête. Je pourrai me dire, comme toi, que ma passion m'a éloigné des autres et donc peut être de l'amour.. je pourrai le dire d'autant plus facilement que pleins d'ami(e)s me le répète à longueur de journée!... Mais je n'en crois rien, et jamais, au grand jamais, je ne considérerai quelqu'un qui a une passion comme une malédiction.. c'est une grande chance, d'avoir une passion dans la vie.. Malheureux ceux qui ne se passionnent pour rien et qui nous envie ou nous méprise, nous, les passionnés. Quant à croire que cela n'est pas compatible avec l'amour.. il faut trouver un amour compatible avec tes passions, car de toute façon, une passion, par définition, ne s'éteindra jamais.. et si tu y renonces sous prétexte de préserver l'amour, tu seras malheureux.. il ne faut pas combattre ses passions, il faut les concilier et accorder à chacune l'importance qu'elle réclame à un instant précis, et ça, c'est ton coeur qui te le dira.

Florent Machabert 20/07/2005 08:12

si tu veux retrouver et/ou découvrir certaines zones de ton pays d'adoption, je mets peu à peu en ligne toutes mes récentes photos de Lombardie, Ligurie et Campanie... Au mois de septembre, ce sera Vénétie, Toscane et Ombrie. Bonne visite !

Guillaume 18/07/2005 19:06

Qu'entends-tu par "plus jeune" ?

Moi, je ne sais pas. Mais peut-etre que tu as raison. J'ai l'impression de plus profiter de la vie maintenant que quand "j'etais (plus) jeune". Si, bien sur, etre jeune, cela veut dire profiter de la vie. Si c'est etre plutot insouciant, bah, on se refait pas, je ne suis pas vraiment insouciant... Quoique peut-etre un peu plus desormais. L'age ca fait relativiser...

Mais "etre jeune" dans sa tete peut se decliner de tellement de facons...

civetta 18/07/2005 17:40

sinon, côté pataugerie, moi je me sens devenir plus jeune en "veillissant"; c'est Gainsbourg qui disait "on met du temps a devenir jeune". C'est un peu bcp vrai...

civetta 18/07/2005 17:29

merci, c'est trop d'honneur! pour te repoondre, non, je n'ai encore rien lu de Christine Angot, mais cet article m'a convaincue de m'y plonger cet été (des textes d'elle etaient lus au marathon des mots à Toulouse recemment); et comme je voudrais aussi devorer Pessoa, et que j'ai un tas de bouquins italiens aussi sur le feu...gloups!