Les chiens nous dresseront

Publié le par Guillaume

J'ai eu la chance de voir la pièce de théâtre Les chiens nous dresseront en avant-première hier soir à Magny, sur la sympathique invitation de notre future voisine. En y allant je ne savais pas trop ce que j'allais voir. La lecture du synopsis avant de pénétrer dans la salle de spectacle m'apprit que ça racontait un bout d'histoire de France, pendant la Guerre de Cent ans, et que ça parlait de Du Guesclin. Comme ça, j'apprendrai quelquechose. Au moins.

Ce fut phénoménal. Le fil conducteur est la vie de Bertrand Du Guesclin, depuis sa naissance en 1320, jusqu'à sa mort en 1380, renié par ses parents, connétables bretons, dès la naissance pour cause d'extrême laideur (ben oui, ils étaient durs en ce temps-là !). La pièce nous le présente comme un mercenaire, qui n'a peur de rien, et surtout pas de la mort, entouré d'une petite armée, des bretons — et non des français ! — combattant les envahissants anglais et navarrais pendant les débuts de la Guerre de Cent ans, au sein d'un royaume de France qui essuie défaite sur défaite depuis une trentaine d'années. Un royaume défait, une armée fantômatique sans commandant en chef digne de ce nom. Du Guesclin se bat comme si la reconquête de ses titres de noblesse en dépendait, mais en fait c'est plutôt par goût et attirance par le côté « infernal » des batailles qu'il semble le faire. Après s'être fait connaître du dauphin Charles, futur Charles V, par ses coups d'éclats, il prend le commandement de l'armée française lors de la bataille ultime contre l'ennemi anglais, aux portes de Paris, à Cocherel, le 16 mai 1364. En sortant vainqueur et sauvant ainsi le royaume de France du joug anglais, il permet que le couronnement de Charles V à Reims se fasse sereinement. Charles V est présenté dans la pièce comme un futur roi faible, plus attiré par la lecture d'Aristote que par les passes d'armes. D'ailleurs on apprend que grâce à Du Guesclin qui sauva le royaume de France, Charles V put régner sur les arts et fonder ainsi la première « Librairie Royale » qui deviendra la Bibliothèque Nationale de France.

La mise en scène est moderne et efficace : pas un seul temps mort pendant les deux heures et demi que dure la pièce. Le mobilier est minimaliste, les changements de décor sont ponctués de citations, plus ou moins modernes, qui illustrent la guerre, la soif sanguinaire ou l'enfance déchirée (« Prenez garde. Si les hommes de demain détruisent, c'est parce que les enfants d'aujourd'hui sont malheureux. L'enfant ressemble à un vase de cristal. Si tu le frappes trop fort, il est détruit à jamais et si tu essayes de ramasser les morceaux, tu risques de te couper » Jose Vincente Ortuno). Une façon d'illustrer cette vie hors du commun avec l'aide de ce moyen d'expression artistique que sont les livres si chers à Charles V. Comme s'il fallait que le sang coule pour que la raison et la connaissance survive. D'ailleurs le bord de la scène est jonché de bouquins divers et variés. Premier plan. Pendant que les hommes se battent en arrière, les bouquins sont là, en avant. Plus que la sauvegarde du royaume de France, Du Guesclin aurait-il sauvé les livres ?

Les premières scènes sont ponctuées de chansons originales, en anglais et en direct, accompagnées au luth. Par la suite, la musique devient un élément plus discret mais reste essentielle à la pièce. J'ai bien aimé le cataclop d'une armée de chevaliers en pleine charge... Je fus impressionné par l´énergie déployée par les acteurs de manière générale, et pendant les batailles en particulier : heureusement qu'ils ont des boucliers ! Une pièce qui fait réfléchir, une pièce où l'on apprend un pan d'histoire de France, surtout quand on a séché ses cours, comme moi (mais je me soigne, petit à petit), étant jeune, une pièce où l'on tremble, où l'on rit, bref, où l'on ne s'ennuie pas ! Et je dirais même plus : courez-y ! C'est à la Cartoucherie du 21 avril au 20 mai, et en tournée après...

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littlegeek 01/04/2007 21:00

Je n'ai pas vu la pièce, mais c'est une très belle critique. La citation de Jose Vincente Ortuno est à noter.

Guillaume 02/04/2007 11:35

Merci ! Je suis pas aussi doue que les critiques du Masque et la Plume, mais bon :-)Et la piece est ponctuee de citations du meme acabit qui prennent vraiment aux tripes !