Padoue, je m'en vais

Publié le par Guillaume

Je m'en vais. Demain. Ça fait plus de deux ans que je te connais. Je t'ai adoré tout de suite. Une petite ville, à échelle humaine, très belle. Universitaire : tu abrites la deuxième université du monde, et tu héberges encore plus de 60 000 étudiants, le tiers de ta population. Culturelle : des cinémas, des conférences, des expos, etc... Même si je t'avouerais que le ciné, au début, c'était pas facile, facile. Avec votre industrie ancestrale du doublage, et votre manie de tout doubler, vous autres, italiens, ne n'avez pas simplifié la tâche. M'enfin. J'ai bien aimé ces cinés all'aperto, l'été... Patrimoine d'une grande richesse : de grands hommes ont foulé ton sol, et laissé quelques traces, Giotto, Petrarca, Galileo, et tant d'autres, des monuments superbes que l'on croise, comme ça, chemin faisant, Prato della Valle, une superbe place ovale, avec jet d'eau, verdure, statues, basilica di San Antonio, dont la pieuse célébrité a franchi les frontières du pays, la cappella dei Scrovegni, elle aussi célèbre, dans un autre domaine, l'orto Botanico, premier jardin botanique... Bref, une ville d'un autre âge. J'ai adoré aller bosser en vélo tous les matins, même si parfois, inconsciemment, je me demandais si, quand même, je ne risquais pas ma vie ce faisant. Mais non, aucune voiture ne m'a heurté. J'ai adoré bosser dans ce superbe bâtiment historique, La Specola, narcisse phallique qui n'a de cesse de se miroiter dans le canal adjacent, qu'il fasse jour ou nuit, même si, étant dans une ancienne prison rénovée, mon bureau avait des barreaux aux fenêtres, comme s'ils avaient peur que je m'échappe. D'ailleurs, ça a foiré. Je m'échappe. Mais j'avoue que retourner à Jussieu va probablement me faire un choc architectural.

J'ai bien aimé tous ces gens que tu abrites, ces italiens. Même si pour les aimer, il a fallu prendre sur moi le fait qu'ils ne me laissaient jamais passer au passage pour piétons, le fait qu'ils conduisent comme des pieds, qu'ils parlent très (trop) forts, qu'ils sont assez bruyants, que ma voisine du dessus m'a pas mal de fois réveillé aux aurores, avec sa mauvaise foi et ses putains de talons. Je me suis habitué. J'ai bien aimé leur bonne humeur permanente, j'espère en avoir fait le plein pour affronter la gueule légendaire des parisiens. J'ai adoré les glaces, gelati, qui me manqueront forcément. J'ai bien aimé les voir se fringuer comme si c'était tous les jours carnaval, toujours avec un naturel désarmant ; j'ai bien aimé les voir faire du vélo sous la pluie, avec le parapluie dans une main, le téléphone portable dans l'autre, un enfant derrière, un autre devant, et la femme assise en amazone sur le cadre...

J'adore cette langue que parlent tes habitants. L'italien. J'ai débarqué ici sans un mot en poche. Il a bien fallu l'apprendre. Ce fut un réel plaisir. J'espère que je trouverais quelque italien à Paris pour continuer de parler italien, et pourquoi pas, progresser un peu.

Et puis il y a les gens que j'ai rencontré, que j'ai revu, ou pas, apprécié ou pas. Dans tous les cas, mon séjour dans tes murs fut une aventure humaine comme jamais je n'en avais vécu. Car au milieu de tout ça, j'ai eu la chance de rencontrer des gens extraordinaires ! Montagnards pour la plupart... De fait, je me suis pas mal échappé hors de ton enceinte, je suis souvent allé respirer l'air des cîmes avec ces amis si chers. J'ai fait de mon mieux pour leur rendre leur amitié, je pense avoir pas trop mal réussi. Peut-être à une ou deux exceptions près. On s'est déjà donné rendez-vous, ici ou ailleurs, pour bientôt. Très bientôt. J'ai adoré ces sorties avec ces amis, ces grandes embrassades une fois arrivés au sommet. Ces soirées entre amis, ou tout le monde déconne et rigole (moi aussi même si parfois - souvent - je ne comprenais rien), ou l'on se raconte nos dernières aventures en montagne ! J'ai adoré ces courses à pieds, deux à trois fois par semaine, le soir sur la digue, depuis le mois de février, la plupart du temps avec Dani, qui m'a redonné goût à ça, courir. Dani, une grande amie, une vraie amie. Dani avec qui j'ai fait les quatre cents coups... Courir sur la digue sous la neige en plein mois de février, courir sur la digue au mois de mai, sous la pluie battante cette fois, courir en montagne sous la grêle, mais pas seulement courir : marcher, grimper, skier, la montagne dans tous ses états. Souvent dans le brouillard. D'ailleurs. J'ai adoré préparer avec elle ce voyage au Pakistan, c'est d'ailleurs elle qui m'avait communiqué son rêve d'y aller. Peu importe, finalement, que je n'y sois pas allé. Dani est toujours là, revenue. Elle et tous les autres.

Une grande et belle aventure, ces deux ans chez toi, Padoue. Padova.

Publié dans italie

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Stéph 15/09/2005 14:21

tres jolie note...

Ariane 14/09/2005 17:44

C'est bien beau tout ça, mais c'est où l'ouest. La dernière fois, je t'ai perdu de vue un bon moment, ça m'embêterait que ça recommence !
J'aime bien tes lignes, ton écologie, ton style... Bye, bon vent

javafred 12/09/2005 19:34

en tout cas, c'est une très belle description de cette ville.
On sent la passion qui vibre en toi, et ça donne envie d'y aller.
Merci.