Jussieu

Publié le par Guillaume

Peu après midi et demi, je quittai la solitude de mon bureau dans un couloir du campus labyrinthique de Jussieu, pour traverser le parvis et aller me payer un sandwich ; la cantine est trop infecte. Le ciel est gris sur Paris aujourd'hui. La tour centrale pointe ses vingt-six horribles étages vers les cieux. Je m'engage sur l'esplanade que je m'apprête à traverser en diagonale quant un corbeau fend l'air au-dessus de ma tête en me saluant d'un sonore « Croâ !». Je souris. Ce monde vertical, froid, métallique, inhumain, abrite encore un peu de vie.

La grisaille est une aubaine. C'est le seul temps où Jussieu devient fréquentable. Quoique, prévoir malgré tout un bon cache-nez car les pilotis qui soutiennent les bâtiments sont le terrain de jeu préféré des vents de tout poil. À Jussieu, y'a du vent. Mais au moins, quand il ne fait pas beau, le parvis, une immense place de marbre blanc, n'en devient pas aveuglant par réflexion de la lumière solaire sur sa surface immaculée. Il faut seulement éviter qu'il ne pleuve, car alors, ce même parvis devient une belle patinoire. À Jussieu, pour être paré, il faut un bon cache-nez, des lunettes de soleil, et des semelles Michelin pour éviter l'aquaplaning. Quelque-soit la saison. Donc, la grisaille, c'est bien. Pourvu que ça dure.

Mon sandwich en main, je retraverse la place dans l'autre sens. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il serait si simple de virer ce foutu marbre, de planter du gazon à la place, une verte prairie sillonnée de quelques allées qui relieraient les divers points névralgiques. Des bancs, ici et là, rendrait la chose Ô combien plus conviviale... Car pour déguster mon sandwich, soit je reste debout à fureter ci et là, soit je retourne m'asseoir dans mon bureau, devant mon ordi. Une grande partie de la surface du campus est couverte, car les bâtisses sont sur pilotis. Mais de verdure, nulle part ; pas le moindre petit banc pour poser son cul et avaler son déjeuner. Ou bouquiner, en attendant un cours. Rien. Personne n'a pensé à tout ça, car un tel changement dénaturerait l'ensemble. L'œuvre. Une œuvre sordide, mais une œuvre quand même... Univers déshumanisé. C'est là que je bosse. C'est là qu'on ose entasser des étudiants.

Et puis l'inconcevable s'est immiscé dans mes pensées : ne seraient-ils pas capable de classer Jussieu comme monument historique ? Chef-d'œuvre architectural des années soixante. Patrimoine de l'humanité ? En mémoire à l'architecte Edouard Albert qui a pondu cette horreur. Je suis sûr qu'ils en sont capables. Sinon pourquoi le garder tel quel ?


Post-scriptum - Mardi 11 Octobre 2005

Je reviens d'une matinée de présentation de l'université dans laquelle je travaille désormais, Paris 7. Tout n'est pas noir, loin s'en faut. L'année prochaine tout le monde déménage près de la bibliothèque Mitterrand. Nouveau site, locaux tout neufs. Ça devrait être sympa. À voir si la réalité correspond aux beaux dessins... Le quartier risque d'être un peu froid au début, surtout par rapport au quartier Latin qui entoure Jussieu, mais bon. Et puis y'aura des espaces verts, y'a déjà un cinéma MK2...

Et puis j'aime bien cette fac. Son interdisciplinarité, qui va des lettres aux sciences en passant par la médecine. Sa façon de réunir les nouveaux enseignants chercheurs pour que les têtes pensantes du navire leur explique comment il fonctionne. J'aime bien l'UFR de physique, sa foire aux enseignements, qui permet aux « petits nouveaux » de ne pas nécessairement se taper les TD que personne ne veut. Bref, jusque là, tout va bien...

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Guillaume 04/11/2005 17:10

Voila, le lien vers le site web, qui est en fait celui-la meme, fonctionne, desormais !

Guillaume

Guillaume 04/11/2005 17:06

Comment ca, y'a pas beaucoup de monde qui dit du bien de Paris 7 ??? D'abord qui (des noms, des noms !!) en dit du mal ? Et pourquoi ?

Attention, il ne faut pas confondre l'universite et le campus. A mon avis Paris 7 est une tres bonne universite, tout au moins en physique (OK, j'ai pas un regard objectif, mais je crois que c'est vrai quand meme), qui est abritee sur un campus pourri, Jussieu.

Jussieu est un campus qui abrite deux universites, Paris 6 et Paris 7. Mais le fait que l'architecture soit horrible ne veut pas dire que les profs et les etudiants sont nuls. Rien a voir...

Ceci dit, un campus plus accueillant ne fera pas de mal a la reflexion de tout ce monde-la, et ne peut que rehausser le niveau general, a mon sens. Ca devrait etre le cas pour Paris 7 qui demenage l'annee prochaine vers des batiments theoriquement plus sympas. On verra...

Guillaume

mirabelle 04/11/2005 15:05

Il n'y a pas bcp de gens qui disent du bien de Paris 7... Je suis soufflee! L'UFR de physique est si bien que ca? Quel dommage que votre site web ne fonctionne pas :-(

Le Plume 10/10/2005 21:51

D'un autre côté, avec une pelouse, il y aurait encore plus d'infiltrations dans les salles situées sous la dalle...
je laisserai avec plaisir ce campus à l'université Paris 6 lorsque, l'an prochain, Paris 7 partira vers des cieux nouveaux.

Guillaume 10/10/2005 13:43

Tiens, je pensais que l'on disais Guillestrois, Guillestroise... ??

Ben figure-toi que j'ai effectue un sejour eclair dans mes montagnes ce week-end : samedi un peu de grimpette a Ailefroide, dimanche, demenagement : 10 heures de route avec un fourgon bien plein jusqu'a Paris... Mais on est passe par le col de la Croix Haute : les paysages etaient dementiels... Et cette vue sur le Mont Aiguille, vouhaou !

Guillaume