La saveur de la neige

Publié le par Guillaume

La neige est rarement au rendez-vous en abondance dans les Alpes du sud. Cette année ne fait donc pas exception. Parfois, elle arrive d'un coup, dans la nuit de Noël nous gratifiant d'une petite balade en peaux juste au-dessus de la maison juste après le dépecage des cadeaux, parfois dans la nuit du réveillon de fin d'année nous obligeant à remonter à pieds, en petites chaussures, dans quatre-vingt centimètres de poudreuse à trois heures du matin... Ça revigore ! Parfois, elle se pointe entre les deux. Parfois plus tard... Bref, pas vraiment de règle absolue, la neige reste maîtresse.

Cette année, peu de neige en altitude avant Noël. Néanmoins, quelques vallons, quelques « coins » furent mieux dotés. Ainsi le vallon du Crachet, sous le col de Vars, fut l'objet de nombre convoitises. Et nous allâmes nous aussi y traîner nos spatules le dernier jour de l'année. Petite remise en jambe sans risque : faible dénivelé, et vallon tellement parcouru que c'en est devenu une belle piste dammée. Aucun risque de toucher un caillou ! Ce jour-là, nous cotoyâmes un peu de monde, mais pas la foule à laquelle je m'attendais. Ce fut une bien belle balade, sous un soleil radieux, avec une très belle vue du sommet. La descente au l'avantage d'être agréable, ce qui n'aurait pas été le cas dans la neige très croûté qui prédominait alors à peu près partout.

Lundi, lendemain de fête, mauvais temps. Pluie, pour ne pas arranger le moral. Mardi, suite du mauvais temps. Pluie, toujours, enfin, ça dépend où, et finalement un peu de neige dans la soirée et la nuit. Je vais courir en forêt sous une averse de neige, dans la nuit tombante. Mercredi matin, grand beau, la montagne est recouverte d'un sympathique manteau immaculé. Risque 4 (fort) d'avalanche en montagne, suite aux récentes chutes, et à un fort vent de secteur ouest. Je reste en contemplation statique.

Pour le lendemain, le risque diminue d'une unité (3, marqué), et semble moindre sur les versants sud à nord-ouest. Une envie grandissante d'aller me dégourdir les jambes germe. Évidemment les prévisions météo ne sont pas folichonnes : couvert puis pluie en milieu de journée. Mais ce genre de détail ne m'arrête pas vraiment. Aline est partante, et puis Jean-Charles, à reculons, mais partant quand même ! Louise, une amie d'Aline se joindra à la petite troupe. L'idée est d'aller sur une face ouest, avec des pentes pas trop fortes pour limiter la casse. Je jete mon dévolu sur la tête du Rissace par le vallon d'Albert au nord de la vallée du Mélézet, à Ceillac.

Nous arrivons vers 9h au Pied du Mélézet, point de départ. De là nous avons une belle vue sur le télésiège et la piste rouge adjacente (?) jonchée de portes, où l'équipe de France de ski (?) s'entraîne, nous dit-on. À droite, de belles cascades de glace sont prises d'assaut par nombre glaciéristes — ceux qui sont en dessous doivent se prendre des torrent de glace sur la tronche ! J'essayerais bien, moi aussi de crapahuter sur ces édifices glacés, un jour...

Nous partons skis aux pieds de la voiture, non sans avoir vérifié le bon fonctionnement des ARVA de chacun. Nous remontons la vallée du Mélézet, en croisant d'abord une piste de ski de piste, puis en suivant une piste de ski de fond. Pas grand monde sur les planches ! Seul un chien fait soudain irruption entre nos skis. Il veut jouer à aller chercher un bout de bois le plus loin possible dans la neige. Il s'éclate littéralement à patauger dans la poudreuse... Mais tel qu'il est parti, je crains qu'il ne nous lâche pas de toute la rando. Bref. Nous quittons la vallée, pour rejoindre le vallon d'Albert qui s'enfourne sur la gauche. Au-delà d'un petit hameau, la Riaille, plus de traces. Nous sommes seuls. L'entrée du vallon est peu enneigée, de nombreuses pierres affleurent sous trop peu de neige. Un chemin d'été nous permet de passer sans trop de casse. D'anciennes traces de ski nous indiquent que des randonneurs sont passés par là avant la dernière chute de neige. Nous rejoignons le lit du torrent. Et là, on brasse. Enfin, je brasse. Il y a littéralement un paquet de neige dans le fond du torrent !

Pour le moment, le temps est superbe. Petit soleil frisquet qui rase la cîme des crêtes de la Montagne de la Riche. Les différents woufff, ci et là, sous mes spatules ne me rassurent pas sur la stabilité du manteau. Heureusement, jusqu'au fond du vallon, rien à craindre, la pente est bien trop faible. Le paysage est féérique, une lumière rasante de fin de matinée hivernale donne tout son relief à la moindre aspérité. Nous évoluons dans un thalweg qui serpente dans ce monde de blancheur. Bientôt nous sommes en vue du sommet (presque), et des deux chemins potentiels pour y parvenir. Mon idée originale était de monter par le Col Albert, au sud, pour redescendre par le nord, faisant ainsi une boucle autour de la tête du Rissace. Néanmoins, la gueule des pentes sous le col d'Albert et l'absence de soleil me plaisent moyennement, je décide donc de monter par le col Allongé, au nord. La pente se raidissant quelque peu, il s'agit de choisir judicieusement l'itinéraire ; déjouer les pièges que le vent a malicieusement plaqué sur notre chemin. Je décide d'éviter les pentes de gauche, qui servent de base à des couloirs qui vont je ne sais où. Nous passons par une succession de croupes d'où émergent caillasses et brins d'herbes, ci et là, et de combes complètement comblées de neige. Je traverse les combes surchargées, en marchant sur des œufs, même si la pente est relativement faible, 20 à 25 degrés à vue de nez... Je suis plus tranquille en abordant les dernières pentes, juste sous le col Allongé, complètement cartonnées par le vent violent qui régna ces derniers temps, et... qui règne encore !

Sous le col, c'est une vraie patinoire, tellement la neige est durcie par le vent. Au col, le vent souffle à décorner les bœufs, au grand damme des quelques brins d'herbe qui résistent encore et toujours, le nez à l'air. Nous enfilons Gore-Tex, cagoule et moufles, avant de poursuivre sur la crête jusqu'au sommet, où l'on arrive quasiment skis aux pieds : seul le dernier ressaut se fit à pieds, parce que je voulais éviter de tester la solidité des congères de la face nord en posant nos spatules dessus. Le sommet est quelque peu... venté ! Superbe vue de là-haut, y compris sur le front de la perturbation annoncée pour la mi-journée, et qui se pointe tranquillement à l'ouest, les Écrins sont déjà encapuchonnés. En attendant, le soleil règne encore ici bas. Mais nous nous activons néanmoins, nous casserons la croûte plus bas, n'est-ce pas, à l'abri du vent ! On repart skis aux pieds sur une neige cartonnée. Quelques précautions pour s'enfiler la belle pente de super bonne neige, avant d'atterrir sur le fond du vallon qui descend en pente (trop) douce. Et voilà, la belle pente est désormais déflorée... Eh, eh, eh !

S'ensuit du poussage sur les bâtons — Louise en chie un peu, avec son bâton télescopique cassé ! — et du bousillage de trace de montée que nous utilisons comme rampe de glissage pour éviter de (trop) pousser sur les bras. La suite se passe à l'ombre, le soleil étant déjà couché. Et dans le fond du torrent où la neige est la meilleure. La plus profonde. Petite séance de bobsleigh dans la trace pour passer la zone empierrée en sortant du vallon, et nous rejoignons les pistes de fond qui ramènent directement à la voiture.


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cecile 05/01/2007 22:56

très belles photos et un bon moyen pour ne pas faire la trace!!!

Guillaume 08/01/2007 15:41

Effectivement ! Encore que l'un n'empeche pas necessairement l'autre !!